Pétrole cher, taux qui grimpent : le jour où produire chez nous redevient une police d’assurance
Les stratèges des grandes banques le répètent : le prix du pétrole nourrit l’inflation, qui pousse les taux à des sommets inédits depuis près de 20 ans. Pendant ce temps, on continue de traiter nos propres ressources comme une honte.

Vendredi, pendant que l’ouragan Isaias fonçait sur la Floride, environ les deux tiers de la capacité de production pétrolière du golfe du Mexique et plus de la moitié de celle de gaz étaient à l’arrêt, selon une agence américaine citée par Radio-Canada. Le lendemain, Washington autorisait la sortie de jusqu’à quatre millions de barils de sa réserve stratégique. Une tempête, et voilà le marché de l’énergie sur les nerfs.
Pas besoin d’habiter la Floride pour en payer le prix. Il suffit de faire le plein, de chauffer sa maison ou de renouveler son hypothèque.
Ce que disent les gens qui gèrent l’argent
Ce dimanche, La Presse a publié l’analyse de quatre stratèges de Fiera Capital, de Desjardins, de la Banque Nationale et de la Banque Scotia pour faire le point sur les marchés. Ce ne sont pas des militants, ce sont des gestionnaires qui placent l’épargne des Québécois. Et leur diagnostic tient en une chaîne simple.
Le pétrole cher alimente l’inflation. L’inflation pousse les taux obligataires vers le haut. Michel Doucet, de Desjardins, note qu’ils ont atteint leurs niveaux les plus élevés depuis presque 20 ans. Hugo Ste-Marie, de la Banque Scotia, précise que les taux à longue échéance ont rejoint le sommet de la crise financière de 2008. Et Candice Bangsund, de Fiera Capital, ajoute que le bras de fer armé entre Washington et Téhéran « laisse peu de place pour une baisse significative des prix du pétrole ».
Traduisons pour ceux qui ne lisent pas les pages financières : l’énergie chère finit par coûter plus cher au propriétaire qui renouvelle son prêt, à l’entrepreneur qui emprunte pour investir et au gouvernement qui finance sa dette avec nos impôts. Les stratèges citent d’ailleurs le gonflement des dettes publiques parmi les sources d’inquiétude des marchés.
Le luxe de dire non
Devant ce portrait, une question devrait s’imposer à Québec comme à Ottawa : dans un monde où une tempête dans le golfe du Mexique ou un conflit au Moyen-Orient fait bondir les prix, pourquoi se priver de ce que notre propre sous-sol peut offrir?
Le Canada possède parmi les plus grandes ressources d’hydrocarbures de la planète. Le Québec, lui, a longtemps pris l’habitude de refuser les projets qui auraient permis de les transporter, de les transformer ou d’en exploiter une partie chez nous. On appelait ça de la vertu. On découvre aujourd’hui ce que ça coûte quand l’approvisionnement mondial tremble.
Chaque baril produit au Canada plutôt qu’acheté ailleurs, ce sont des redevances qui financent nos hôpitaux, des salaires payés dans nos régions et une dépendance de moins envers des zones de guerre. Nos travailleurs de Sept-Îles, de l’Abitibi ou du Saguenay le savent : la richesse ne tombe pas du ciel, elle se sort de terre, se transforme et se vend.
La facture des donneurs de leçons
On me dira que l’énergie de demain sera différente. Peut-être. Mais en attendant demain, c’est aujourd’hui qu’on paie l’épicerie, le loyer et l’hypothèque. Les mêmes qui bloquent les projets ne proposent jamais de rembourser la différence aux familles quand le prix de l’essence s’emballe ou que la banque hausse le taux.
Un pays qui laisse dormir ses ressources pendant que ses citoyens paient le gros prix n’est pas vertueux. Il est imprudent. La production d’ici, c’est une police d’assurance contre les tempêtes, les guerres et les caprices des marchés. Et une police d’assurance, ça se prend avant le sinistre, pas pendant.
Alors, aux donneurs de leçons qui préfèrent acheter le pétrole des autres plutôt que de produire le nôtre : la prochaine tempête dans le golfe, c’est vous qui expliquerez la facture aux familles.
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