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Opinion
Chroniqueur anonyme

Payer 7000 $ ou 50 000 $ pour aider les acheteurs : la pire façon de faire baisser le prix des maisons

Les partis rivalisent de chèques pour les premiers acheteurs. Un spécialiste rappelle pourtant qu’on risque d’« aggraver le problème ». La seule promesse qui compte, c’est de laisser construire.

3 min de lecture
Un chantier résidentiel de la rue Saint-Augustin, à Montréal. Photo d’illustration de 2015. Photo : Jeangagnon / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

Cher contribuable, voici votre prochaine facture. Montant : jusqu’à 7000 $ de crédit d’impôt par premier acheteur, promet la CAQ. Ou jusqu’à 45 000 $ de TVQ remboursée pour une maison neuve, promet le PQ. Ou jusqu’à 50 000 $ de mise de fonds avancée par l’État, promet Québec solidaire. Objet : rendre les maisons plus abordables. Résultat probable : les rendre plus chères.

Vous trouvez ça absurde? Ce n’est pas moi qui le dis. C’est Jean-Philippe Meloche, professeur à la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal. Interrogé par Le Devoir, il prévient qu’en injectant des fonds publics pour soutenir la demande, « on va potentiellement contribuer à aggraver le problème ».

La loi de l’offre, version électorale

Le mécanisme n’a rien de mystérieux. Si vous donnez 7000 $ de plus à chaque acheteur pour une maison qui n’existe pas encore, le vendeur ne vous dira pas merci : il ajustera son prix. L’argent public passe dans les poches des acheteurs, puis glisse doucement vers celles des vendeurs. Le professeur Meloche le dit à sa manière : ces mesures peuvent aider des acheteurs, mais « ça ne change pas les conditions de marché ».

Alors pourquoi tout le monde s’y précipite? M. Meloche répond franchement : en visant les premiers acheteurs, « on va cibler une clientèle qui est intéressante sur le plan électoral ». Selon un sondage Royal LePage cité par Le Devoir, 66 % des électeurs de la génération Z disent que le logement influencera leur vote. On ne fait pas une politique du logement. On fait une politique de clientèle.

Le vrai coupable s’appelle la paperasse

Il existe pourtant une solution qui ne coûte presque rien au trésor public : construire plus, plus vite. Et pour construire plus, il faut cesser d’étouffer les promoteurs sous les règles. Même M. Meloche, qui défend l’utilité de certaines normes, reconnaît qu’« il y a beaucoup d’incohérences réglementaires » qui freinent l’offre.

C’est là que se trouve la seule bonne nouvelle de la campagne. Le Parti libéral promet 100 000 logements par an en réduisant la bureaucratie et en misant sur le préfabriqué. Le PQ et le Parti conservateur misent aussi sur l’allègement réglementaire. Le PCQ va plus loin et préfère « des allocations directes aux personnes les plus démunies plutôt que des investissements gouvernementaux dans la construction ». Voilà au moins une idée qui ne transforme pas l’État en promoteur immobilier.

L’État locateur, non merci

À l’autre bout du spectre, Québec solidaire propose de retirer 25 000 logements supplémentaires du marché privé et de construire 25 000 logements sociaux et communautaires. Retirer des logements du marché pour régler une pénurie de logements : il fallait y penser. Le parti veut aussi « instaurer un véritable contrôle des loyers ». On connaît la suite ailleurs : moins d’investissement, moins de construction, plus de pénurie.

Quant à sa mise de fonds publique de 50 000 $, remboursable à la revente, elle fait de l’État un actionnaire de votre maison. Qui paiera si les prix baissent? Je vous laisse deviner à qui reviendra la facture.

Lundi, choisissez l’offre

Un chèque, ça fait une belle photo de campagne. Un permis de construire délivré rapidement, ça ne fait pas de photo. Mais c’est la seule chose qui fera baisser le prix d’une maison pour de bon.

Aux partis qui veulent vraiment aider les jeunes familles : ne leur donnez pas notre argent. Donnez-leur des maisons. Laissez construire.

Les textes d’opinion n’engagent que leurs auteurs.

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