Panneaux solaires en tandem : 25 % plus d’énergie promis, mais un prix jusqu’à trois fois et demi plus élevé
Des fabricants occidentaux affirment pouvoir bientôt commercialiser des panneaux à plusieurs couches capables de défier la Chine, qui contrôle environ 80 % du marché. Le coût et la durabilité restent à prouver.

Empilez deux ou trois couches de matériau sur un panneau solaire, comme un gâteau à étages, et vous obtenez jusqu’à 25 % plus d’électricité que la plupart des modèles actuels. Voilà la promesse du « solaire en tandem », selon un article du New York Times repris par La Presse.
Après des années de recherche, des entreprises comme Tandem PV, First Solar et Hanwha Qcells disent se préparer à les mettre en marché, après des essais réussis et l’obtention de certifications techniques. Plus d’électricité sur moins de terrain et de toitures : sur papier, l’argument est imparable.
Le vrai concurrent : la Chine
L’enjeu dépasse la technique. La Chine contrôle environ 80 % du marché des panneaux solaires, en vendant soit les panneaux, soit leurs composants. Elle a laminé les fabricants américains, allemands et japonais, qui dominaient le secteur jusque vers 2010, à coups de prix nettement inférieurs.
Washington a tenté de rebâtir une industrie à coups de droits de douane et de subventions, sous Biden comme sous Trump. Des usines ont poussé, dont celles de Hanwha en Géorgie. Mais on peut se demander combien de temps une industrie maintenue sous respirateur public tient face à un concurrent qui vend moins cher. D’où l’intérêt d’une percée technologique : gagner par l’innovation plutôt que par les subventions.
« C’est la prochaine étape », a déclaré Mike Carr, directeur général de la coalition Solar Energy Manufacturers for America. Il admet que des entreprises chinoises travaillent aussi sur le tandem, mais juge que leur technologie « n’est pas meilleure que la nôtre et qu’elle est peut-être même en retard par rapport à la nôtre ».
First Solar, l’un des rares fabricants américains à avoir survécu, est bien placée : ses produits utilisent une couche mince qui pourrait servir aux étages des nouveaux panneaux. « Nous avons investi plus de 2 milliards de dollars dans la recherche et le développement sur les couches minces, y compris dans ce programme », a affirmé son chef de la direction, Mark Widmar.
Le mur du prix
C’est ici que le battage publicitaire frappe le mur de la réalité. Selon certaines estimations, ces panneaux pourraient coûter jusqu’à trois fois et demi plus cher que les modèles traditionnels à une seule couche de silicium. Or, l’achat et l’installation de panneaux classiques pour un parc solaire coûtent entre environ 93 cents et 1,06 $ par watt, selon la Solar Energy Industries Association.
Andrés Gluski, chef de la direction de l’entreprise d’électricité AES, prévient que le prix sera déterminant, puisque les fabricants chinois vendent à des prix très bas. Selon lui, la Chine « pourrait probablement approvisionner le monde entier deux fois ».
Les producteurs d’électricité, eux, ne se précipiteront pas. Les panneaux doivent durer de 20 à 30 ans dans des déserts torrides ou sous des pluies torrentielles. Qcells les a bombardés de boules de glace et de lumière intense pour rassurer banquiers et investisseurs. « Nous devons convaincre les banques que cette nouvelle technologie tient ses promesses », a résumé Fabian Fertig, responsable de la recherche sur le tandem chez Qcells. Wayne Li, de l’Electric Power Research Institute, note pour sa part que les fabricants partagent peu leurs données.
Une question de rendement
Les analystes mesurent la fiabilité d’une source d’énergie par son facteur de capacité, c’est-à-dire la part du temps où elle produit à pleine puissance. Le nucléaire avoisine 90 %, les grandes centrales au gaz environ 58 %, et les parcs solaires américains environ 24 %, selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie. L’industrie affirme que le tandem pourrait dépasser 31 %.
C’est un progrès, mais le solaire reste loin du nucléaire et du gaz pour fournir une électricité stable. Aux États-Unis, il représentait près de 9 % de la production en 2025, contre 3 % en 2020.
La question, donc : le tandem sera-t-il un produit que les clients achèteront parce qu’il est rentable, ou une autre technologie qui ne survivra qu’avec l’aide des contribuables?


