Pacific Link : l’oléoduc vers le Pacifique sur la voie rapide, financé surtout par les contribuables
Désigné projet d’intérêt national, le pipeline de 1200 km entre l’Alberta et la Colombie-Britannique pourra échapper à une partie des règles habituelles. Le privé ne financera que 10 % de sa construction.

L’oléoduc qui doit relier l’Alberta à la côte du Pacifique, désormais baptisé Pacific Link, figure officiellement sur la liste des projets d’intérêt national. Le premier ministre Mark Carney et la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, en ont fait l’annonce jeudi à Fort McMurray, au cœur des sables bitumineux, a rapporté La Presse.
Cette désignation n’a rien d’honorifique. Elle donne au projet un traitement accéléré, c’est-à-dire un parcours d’autorisation beaucoup plus rapide que la normale. En vertu de la loi C-5, adoptée pour accélérer les grands chantiers, le gouvernement peut contourner au moins 12 lois et 7 règlements environnementaux, dont la Loi sur les espèces en péril, s’il le juge nécessaire.
« C’est une toute nouvelle façon de bâtir un Canada qui fonctionne », a déclaré Mark Carney.
Pourquoi c’est important
Aujourd’hui, 90 % du pétrole albertain prend le chemin des États-Unis. En pleine guerre commerciale, Ottawa veut diversifier ses clients. Pacific Link transporterait plus d’un million de barils par jour sur 1200 kilomètres, de Bruderheim, au nord-est d’Edmonton, jusqu’à un port en eaux profondes du sud-ouest de la Colombie-Britannique capable d’accueillir des superpétroliers. Le pétrole serait ensuite exporté vers l’Asie.
Le premier ministre promet gros : 20 milliards de plus chaque année au produit intérieur brut (PIB), soit la valeur de tout ce que produit l’économie canadienne, 100 milliards de recettes publiques d’ici 2060 et 140 000 emplois pendant la construction.
Qui paie la facture
C’est le point qui mérite le plus d’attention. Selon La Presse, la majeure partie de la facture sera assumée par les contribuables. Le projet est mené par un consortium, c’est-à-dire un regroupement de partenaires, formé de la Corporation Trans Mountain, une société d’État fédérale, du gouvernement albertain et de l’entreprise Pembina Pipeline, dont la participation doit se limiter à 10 % pour la construction. Radio-Canada fait le même constat : seule une proportion de 10 % de la construction sera financée par le privé.
« Le contribuable canadien va gagner beaucoup d’argent grâce à ce pipeline », a assuré Mark Carney. Ni La Presse ni Radio-Canada ne font toutefois état du coût total du chantier.
Les Premières Nations pourront détenir une participation de 10 %, financée par le programme fédéral de garantie de prêts pour les Autochtones. Le tracé final, qui doit suivre celui de l’oléoduc Trans Mountain, sera arrêté en consultation avec les communautés touchées. Le Bureau des grands projets affirme en avoir déjà consulté plus de 130.
Les acteurs et leurs intérêts
Pour Danielle Smith, c’est une victoire. « Il y a un an, ce projet n’était qu’une vision. Aujourd’hui, il dispose d’une voie claire pour avancer », a-t-elle déclaré. Son gouvernement reprochait depuis des années à Ottawa, sous Justin Trudeau, de freiner le développement des ressources de la province au nom de l’environnement.
Le calendrier n’est pas anodin. Le 19 octobre, les Albertains voteront lors d’un référendum pour décider s’ils souhaitent demeurer dans la fédération ou tenir un autre référendum sur la séparation. Dans son analyse, Radio-Canada note que le pipeline a l’avantage d’apaiser la colère albertaine et de favoriser l’unité du pays.
Sur le plan environnemental, l’entente prévoit un projet de captage et de stockage du carbone, Pathways Plus, toujours à l’étude au Bureau des grands projets.
Ce que ça change pour vous
Comme contribuable, vous êtes le principal bailleur de fonds de ce projet, et donc aussi son principal bénéficiaire potentiel : Ottawa promet 100 milliards de recettes publiques d’ici 2060. Pour une économie qui vend aujourd’hui 90 % de son pétrole à un seul client, les États-Unis, ouvrir la route de l’Asie est un enjeu majeur de diversification, l’objectif affiché par le gouvernement Carney en pleine guerre commerciale. Reste à surveiller ce que l’annonce ne précise pas : le coût final du chantier et le respect de son calendrier.
La suite
Le Bureau des grands projets, qui agit comme guichet unique, soit un seul interlocuteur pour l’ensemble des autorisations, a jusqu’au 1er septembre 2027 pour terminer l’évaluation et les consultations. Il fixera ensuite ses conditions : propriété du projet, retombées, protection de l’environnement, embauche locale, octroi des contrats et supervision. « La décision d’aller de l’avant avec le projet repose sur ces conditions », a précisé Mark Carney.
D’ici là, le référendum albertain du 19 octobre dira si ce pipeline aura aussi servi de ciment politique.


