mercredi 7 octobre 2026Édition du Québec
L’information sans complaisance.
Dollar canadien 0,7014 $ US▼En euros 0,6268 €▲Taux directeur É.-U. 3,75 à 4,00 %Obligations É.-U. 5 ans 5,03 %Obligations É.-U. 10 ans 5,28 %▲ Sources : Banque du Canada, Fed de New York, Trésor américain (7 oct.)
En ce moment
Itinérance : Gatineau salue le sommet de PSPP, le milieu communautaire craint un exercice de plusMontembeault quitte l’entraînement blessé, Fowler rappelé, et la défense du Canadien cherche ses repèresSuicides de médecins : pas d’enquête publique pour l’instant, une coroner réunit les cinq dossiersWashington veut exiger 70 000 $ aux établissements pour chaque étudiant étranger qui travaille
Opinion
Chroniqueur anonyme

Nucléaire : Québec ferme la porte pendant qu’une entreprise paie pour garder le savoir-faire

AtkinsRéalis finance une chaire de recherche à Polytechnique, Ottawa parle de nouveaux réacteurs, et le Québec refuse même d’en discuter. Le débat que personne ne veut tenir mérite mieux que ce silence.

3 min de lecture
Centrale nucléaire et tours de refroidissement. Photo d’illustration. Photo : Wolfgang Weiser / Pexels

Un million de dollars sur cinq ans. C’est ce que la firme AtkinsRéalis, l’ancienne SNC-Lavalin, a décidé de donner à Polytechnique Montréal pour lancer une chaire de recherche en génie nucléaire. Une entreprise privée met la main à la poche pour garder en vie un savoir-faire d’ici. Pendant ce temps, à Québec, on a verrouillé la porte et jeté la clé.

Rappelons ce que rapporte Radio-Canada. Polytechnique est la seule université de la province à offrir des formations spécifiques en génie nucléaire, et elle perd du terrain. Son directeur du Département de génie physique, Nicolas Godbout, le constate sans détour : « On a une perte d'expertise. » Selon lui, la fermeture du réacteur Gentilly-2 en 2012 a un peu dégonflé le domaine, et tous les membres de l’institut nucléaire de l’école sont maintenant à la retraite.

Gentilly-2, justement. Le gouvernement péquiste de Pauline Marois l’a fermée en 2012, après 29 ans d’activité. Une centrale qui produisait, qu’on avait payée, qu’on savait exploiter. Fermée. Et on s’étonne, aujourd’hui, qu’il ne reste plus grand monde pour parler de nucléaire dans les universités.

Une industrie qui n’attend pas le Québec

Le reste du monde, lui, n’a pas fermé les livres. Selon M. Godbout, la production d’énergie nucléaire pourrait doubler sur la planète dans les 25 prochaines années. Les activités d’AtkinsRéalis dans le nucléaire devraient à elles seules générer des revenus de 2,7 milliards de dollars cette année, d’après Radio-Canada. Et le directeur de Polytechnique rappelle que l’industrie québécoise fournit des produits et des services pour ce secteur, « qui exporte partout dans le monde ».

Voilà de la création de richesse, des ingénieurs, des fournisseurs, des exportations. Voilà ce qu’un gouvernement soucieux de l’argent des contribuables devrait vouloir protéger, pas laisser s’étioler par simple réflexe politique.

Ottawa avance, Québec recule

À Ottawa, on parle de construire jusqu’à dix nouveaux réacteurs d’ici 2050, comme l’indiquent des reportages de Radio-Canada. À Québec, on n’en veut même pas dans la discussion. Le gouvernement de la Coalition avenir Québec s’était montré enclin à redémarrer la production d’énergie nucléaire, puis il a finalement refermé la porte. Quant au premier ministre désigné, Paul St-Pierre Plamondon, il a été clair lors d’un arrêt de campagne à Bécancour : « On manque d'énergie parce qu'on l'a mal gérée, et on ne manque surtout pas d'énergie parce qu'on n'a pas de potentiel hydroélectrique et éolien. Donc non, le nucléaire n'est pas dans notre programme. »

Relisons la première phrase. On manque d’énergie. Le premier ministre l’admet lui-même. Et sa réponse, c’est de dire que le problème vient de la mauvaise gestion, comme si l’aveu réglait quoi que ce soit. La gestion passée n’a pas fini de coûter cher, d’accord. Mais la question que se posent les Québécois, c’est ce qu’on fait maintenant, et à quel prix. Écarter une option avant même d’en avoir chiffré les coûts, ce n’est pas de la gestion. C’est de l’idéologie.

Le gaz de schiste oui, le nucléaire non?

Nicolas Godbout a lancé une remarque qui devrait faire réfléchir : « C'est quand même frappant qu’on entende parler pendant la campagne électorale de gaz de schiste, mais pas d’énergie nucléaire. » Il souhaite un débat de société, ce qu’on évite soigneusement depuis des années. Je me rangerais volontiers derrière lui.

Que les choses soient claires : personne n’exige que Québec signe demain un chèque pour un réacteur. On exige qu’on pose les vraies questions. Combien ça coûte? Qui paie? Quel prix pour l’électricité des familles et des entreprises? Que rapporterait-il aux régions qui bâtissent, comme Bécancour, d’avoir de nouveau cette filière? Le contribuable a le droit de voir les chiffres avant qu’on tablette l’idée une fois de plus.

En attendant, il reste un seul réacteur en activité au Québec, et il se trouve à Polytechnique : un SLOWPOKE-2, qui célèbre cette année son 50e anniversaire. Il produit 20 kilowatts de chaleur, pas d’électricité. Assez, selon son responsable, pour alimenter six grille-pain si on le transformait en courant. Voilà où en est rendu notre programme nucléaire : de quoi faire griller le déjeuner.

À ceux qui trouvent le débat dangereux, je pose la question : de quoi avez-vous peur? Des chiffres, ou de la réponse qu’ils pourraient donner?

Les textes d’opinion n’engagent que leurs auteurs.

Infolettre gratuite

Le Briefing

L’essentiel de l’actualité québécoise, sans complaisance. Chaque matin à 6 h 30, lu en 5 minutes.

Désabonnement en un clic. Aucun partage de votre adresse.

À lire aussi