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Culture

Mike Paul Kuekuatsheu, en lice à l’ADISQ avec un album chanté en innu, 30 ans après ses débuts

Le chanteur de Mashteuiatsh se retrouve en nomination à deux Félix, dont un pour son disque Nutshimit, dans la catégorie des albums en langues autochtones. Le gala aura lieu le 8 novembre.

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Une guitare acoustique. Photo d’illustration. Photo : Anatolii Grytsenko / Pexels

Une forêt, une guitare, puis une rumeur de plus en plus lourde qui passe du folk au rock. Voilà le décor de Nutshimit, l’album qui vaut à Mike Paul Kuekuatsheu, de Mashteuiatsh, ses premières nominations à l’ADISQ, après trois décennies de musique. Il brigue le trophée de l’artiste autochtone de l’année et celui du meilleur album en langues autochtones.

La nouvelle l’a pris de court, a-t-il raconté lors d’un passage aux bureaux du Quotidien. « Je ne m’attendais pas à ça pantoute! J’ai donné ma candidature, mais je n’avais pas vraiment d’attentes », dit-il, ravi. Le gala, où il fera son entrée, est prévu le 8 novembre.

Une langue réapprise en chantant

L’innu-aimun, la langue de ses textes, est peu parlée dans sa communauté. L’artiste, qui a la quarantaine, a dû travailler fort pour l’intégrer à sa musique : il s’est entouré de traducteurs et a consulté des aînés de la communauté pour traduire ses paroles. « Il a fallu beaucoup de travail! J’ai réappris en chantant », raconte-t-il. Sa génération est celle chez qui l’innu a été réintroduit à l’école primaire comme langue seconde, et c’est là que sont nées ses premières bases. Il a aussi appris auprès de son ex-conjointe.

Cette reconnaissance compte d’autant plus qu’elle vient d’un jury de pairs, spécialisé en musique autochtone. « La langue innue, c’est quand même quelque chose qui est difficile à parler, à chanter. Alors de savoir qu’ils ont retenu mes chansons, mes textes, je suis très honoré », affirme-t-il. Il est aussi fier d’être reconnu dans sa province.

Une scène autochtone en plein élan

La reconnaissance n’est pas nouvelle pour lui. En 2022, son album précédent, Ashuapmushuan, lui a valu deux Indigenous Superstars Awards. Il y a quelques mois, sa chanson Nutshimit a pris la première place de l’Indigenous Music Countdown et figuré parmi les finalistes des InterContinental Music Awards.

Dans sa catégorie, il côtoie des voix très variées : Ivan Boivin-Flamand, guitariste de Manawan qui chante surtout en atikamekw; Beatrice Deer, originaire du Nunavik, qui a plusieurs chansons en inuktitut; Eadsé, qui fait de la pop-soul; et le rappeur Q052. Selon lui, le prix de l’Artiste autochtone, apparu en 2019, a suscité un engouement. Des maisons de disques comme Makusham se sont spécialisées dans la musique autochtone, et ont travaillé à la professionnalisation des artistes et à leur mise en marché.

Lui, pourtant, mène sa carrière en indépendant. Il veut montrer aux jeunes autochtones qu’on peut réussir sans grosse maison de disques. « Dans la culture innue, on s’est toujours débrouillé seul dans la forêt. Notre peuple, ça en est un de résilience », dit-il.

Black Sabbath, Neil Young et Kashtin

Enfant, ce sont des vinyles de Black Sabbath et de Neil Young qui lui ont donné envie de faire de la musique. Le groupe Kashtin, formé de Florent Vollant et de Claude McKenzie, lui a montré qu’on pouvait la faire en innu. « Durant la grosse vague Kashtin, on les entendait partout. On était fiers d’être autochtones quand ça passait à la radio », se souvient-il.

Avant de proposer ses propres compositions, il s’est longtemps produit dans les boîtes à chansons, où il reprenait des airs québécois. Certains amis musiciens du secondaire, comme Pierre Fortin et les frères Séguin, ont connu le succès avant lui. Le voilà à son tour à la radio. Sa présence au gala du 8 novembre, qu’il gagne ou non, sera sans doute une source de fierté pour plusieurs membres de sa communauté.

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