Michigan : le républicain Mike Rogers réclame la fin de la guerre commerciale avec le Canada
Dans la course au Sénat du Michigan, le républicain Mike Rogers demande la fin de la guerre tarifaire menée par Donald Trump contre le Canada. Ce revirement place la relation commerciale canado-américaine au cœur d'une élection où l'automobile pèse lourd.

Le candidat républicain au Sénat du Michigan, Mike Rogers, réclame la fin de la guerre commerciale que mène Donald Trump contre le Canada. Dans une publicité de 30 secondes, diffusée mercredi, il affirme que les électeurs de son État savent que le Canada n'est pas un ennemi, puis lance : « Nous devons mettre fin à cette guerre commerciale dès maintenant ». Le message ne nomme pas le président, mais il contredit le ton qu'avait gardé le candidat depuis l'été, rapporte Le Devoir.
Pour mesurer ce revirement, il faut remonter à la fin d'août. Le candidat jugeait alors les droits de douane nécessaires, sans en faire une solution à tous les problèmes, et il estimait que Donald Trump avait raison de vouloir mettre l'Amérique d'abord, précise Radio-Canada. Dans sa publicité, le ton a changé : M. Rogers promet, comme sénateur, de faire en sorte que les deux partis s'entendent pour faire baisser les prix, sa « priorité numéro 1 ». Il avait pourtant reçu l'appui de M. Trump en juillet, et les deux hommes entretiennent des liens politiques de longue date.
Le contexte, lui, s'est durci. Après l'échec des négociations en août, Donald Trump a imposé des droits de 50 % sur une série de produits canadiens. Ottawa a riposté quelques semaines plus tard par ses propres droits de rétorsion, des taxes destinées à répondre à celles qu'il subit. Depuis la semaine dernière, Washington ne laisse plus entrer certaines boissons alcoolisées, des produits laitiers et des motos venus du Canada.
Dans cette campagne, la relation avec Ottawa entre désormais au programme des électeurs. Mike Rogers affronte le démocrate Abdul El-Sayed pour le siège laissé vacant par Gary Peters. Les républicains occupent actuellement 53 des 100 sièges du Sénat, et les démocrates doivent en gagner quatre de plus pour obtenir la majorité. Le scrutin de mi-mandat aura lieu le 3 novembre.
Ce que cela change : la question canadienne devient un critère de vote. Pour l'électeur, il s'agit de savoir si un candidat qui a longtemps défendu les droits de douane peut aujourd'hui les dénoncer sans se contredire. Pour l'État, l'enjeu est concret, car les deux économies sont imbriquées, surtout dans l'automobile.
Le démocrate n'a pas tardé à répondre. Dans un communiqué, Abdul El-Sayed attribue la guerre commerciale à M. Trump, qu'il présente aussi comme la raison pour laquelle M. Rogers se présente. Il qualifie son adversaire de « personne peu sérieuse » et lance : « Tu as dû boire une Labatt de trop, Mike ! ». Il accuse encore le républicain de changer d'avis parce que ses sondages « sont en chute libre ».
À la Maison-Blanche, mercredi soir, M. Trump a lu la publicité comme une invitation adressée à Ottawa. « J'ai compris qu'il estimait que le Canada devrait conclure un accord », a-t-il déclaré, avant de répéter que le Canada arnaque les États-Unis. Il a ajouté que le Canada souhaite conclure un accord, mais que son administration n'est pas satisfaite.
Le politologue Matthew Lebo, de l'Université Western, à London, en Ontario, note qu'en n'étant pas candidat sortant, M. Rogers peut plus facilement prendre ses distances avec les décisions les plus controversées du président. « C'est une bonne stratégie pour inciter les républicains à se rendre aux urnes, même s'ils sont mécontents de Trump », affirme-t-il. Le même professeur rappelle que le Michigan a voté depuis 2008 pour Obama, Obama, Trump, Biden, puis Trump : un État qui bascule d'une élection à l'autre.
Le scrutin du 3 novembre dira si ce message pèse sur le vote. D'ici là, la question à suivre est simple : M. Rogers précisera-t-il des engagements sur les droits de douane, au-delà d'une publicité tournée dans un bar?


