Messages antisémites attribués à Jordan Bardella : Mediapart dit les avoir fait authentifier par huissier
Le président du Rassemblement national nie être l’auteur de messages de 2013 et porte plainte en diffamation. À sept mois de la présidentielle française, son parti fait bloc derrière lui.

En France, un huissier de justice vient de s’inviter dans la course à la présidentielle. Le média d’enquête Mediapart affirme avoir fait authentifier par un officier public des messages antisémites datés de 2013 qu’il attribue à Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN), le parti de Marine Le Pen. L’intéressé nie en bloc et a porté plainte pour diffamation.
L’affaire tombe mal pour le RN, rapportent Radio-Canada et Le Devoir. Marine Le Pen fait figure de favorite dans les sondages, et Jordan Bardella était pressenti pour devenir premier ministre en cas de victoire.
Ce que Mediapart avance
Lundi, le journal en ligne a publié des captures d’écran d’une conversation sur Messenger, la messagerie de Facebook, entre un jeune militant présenté comme Jordan Bardella et une autre personne. «Les banques sont toutes détenues par des Juifs», aurait notamment écrit le futur président du RN. D’autres messages témoignent, selon Mediapart, d’une «fascination» pour Alain Soral, idéologue antisémite et négationniste qui a rompu avec le Front national, ancien nom du RN, en 2009.
Jeudi, Mediapart est allé plus loin. L’interlocuteur de l’époque a demandé à Meta, maison mère de Facebook, un téléchargement de la conversation, et l’extraction a été authentifiée par huissier. «L’extraction de la conversation permet de la dater, d’attester du fait que cette conversation n’a pas été modifiée a posteriori», assure le média.
Pour relier le compte à la personne, Mediapart s’appuie sur des détails biographiques glissés dans les échanges : une mère née en Italie, une entrevue accordée au Parisien en 2013, un échec au concours de Sciences Po.
La riposte du RN
Jordan Bardella conteste «formellement» être l’auteur des messages. Jeudi soir, il a dénoncé «les pseudo-preuves» de Mediapart et des «montages grossiers». Sur X, il a parlé de «l’accusation la plus ignoble qui [l’]ait jamais visé». «Je ne tolérerai jamais les campagnes orchestrées qui ont pour seul objectif l’exécution politique d’un homme», a-t-il écrit.
Loin de l’isoler, son parti a serré les rangs. Marine Le Pen a dénoncé une «barbouzerie», terme qui désigne en France une opération de coulisses menée par des agents de l’ombre, et promis de «démonter» ces «manipulations bien lourdes et bien crasseuses». Jordan Bardella sera seul candidat à sa réélection à la présidence du parti, au congrès de la fin octobre.
En face, l’ancien premier ministre Édouard Philippe, candidat de centre droit à la présidentielle, estime qu’«il est quasiment établi» que M. Bardella a tenu des propos «à caractère manifestement et scandaleusement antisémites».
Quinze ans d’efforts en jeu
L’enjeu dépasse le sort d’un homme. Depuis 15 ans, le RN mène une stratégie de «dédiabolisation», c’est-à-dire un effort pour se défaire de l’image sulfureuse héritée du Front national. Des propos antisémites, même anciens, même contestés, ramènent le parti à ses vieux démons.
Rien n’est tranché pour l’instant : les messages restent attribués, contestés, et la plainte en diffamation devra suivre son cours. Pour les partis d’ici comme pour ceux de France, la leçon est la même : à l’ère des messageries, les écrits d’un jeune militant peuvent suivre un candidat jusqu’aux portes du pouvoir, et c’est devant les tribunaux, pas seulement dans les sondages, que leur authenticité finira par se jouer.


