Maison imprimée en 3D à Amos : le béton est prêt, c’est le Code de construction qui traîne de la patte
En pleine pénurie de logements, des chercheurs québécois savent imprimer des murs en béton. Pour être conformes, ils devront quand même ajouter une structure de bois inutile. Bienvenue au royaume de la ceinture et des bretelles.

Imaginez une imprimante géante qui coule des murs de béton sur un cercle pouvant atteindre treize mètres de diamètre. Imaginez maintenant un fonctionnaire qui regarde ces murs et exige qu’on cache une charpente de bois derrière, au cas où. Vous venez de résumer l’état de l’innovation en construction au Québec.
Le Regroupement innovant pour l’impression d’immeubles durables (RI3D) prévoit livrer à l’été 2027, à Amos, en Abitibi, un premier immeuble résidentiel imprimé en 3D : six logements, rapporte La Presse. Le regroupement possède déjà deux imprimantes grand format. La technologie fonctionne. Le problème, c’est tout le reste.
La ceinture et les bretelles
Comme le béton imprimé n’est pas encore un matériau approuvé, l’immeuble devra comporter une structure de bois pour respecter le Code de construction du Québec. Le chercheur David Laliberté, du cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, ne s’en cache pas. « Cette structure est redondante », dit-il à La Presse. Et il ajoute : « Ça coûte cher quand tu as besoin d’une ceinture et de bretelles. »
On exige donc deux structures là où une suffirait, et on s’étonne ensuite que les logements coûtent cher. Nos gardiens de la norme ont trouvé la recette parfaite : encourager l’innovation dans les discours, puis la facturer en double sur le chantier.
Ce n’est pas un détail. « La productivité dans le secteur de la construction stagne depuis les 20 à 25 dernières années », rappelle David Laliberté. Pendant ce temps, on manque de logements abordables et de bras. Le regroupement est né précisément pour automatiser et bâtir plus vite. Les chercheurs ont fait leur part. La réglementation, elle, n’a pas suivi.
Peut-on se faire assurer?
Isabelle Demers, de l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec, pose la question que se posent les entrepreneurs : « Est-ce que je peux utiliser ces matériaux-là ? Est-ce que je peux me faire assurer ? » Tant que la réponse officielle tarde, aucun constructeur sensé ne prendra le risque.
Et l’absurde ne s’arrête pas au Code. La Société canadienne d’hypothèques et de logement, l’organisme fédéral qui finance une bonne partie des projets résidentiels, appuie des projets construits sur chantier. Du béton imprimé ailleurs pourrait ne pas être admissible, explique Mme Demers. Ottawa et Québec répètent qu’il faut construire autrement, mais leurs propres règles disent le contraire. Selon La Presse, l’innovation va tout simplement plus vite que les normes.
Ce que coûte la prudence
La prudence a un prix, et ce sont les locataires et les futurs propriétaires qui le paient. Chaque mois perdu à attendre une approbation, c’est un mois de plus à construire comme en 1995, au coût de 2026. Les promoteurs vantent aussi un chantier qui produit moins de déchets : tant mieux, mais l’argument principal reste le prix et la vitesse.
La solution n’a rien de révolutionnaire. Un processus d’homologation rapide, avec des délais fixes, pour les matériaux qui ont fait leurs preuves ailleurs. Un financement fédéral qui juge un logement sur sa qualité, pas sur l’endroit où ses murs ont été coulés. Et des inspecteurs qui évaluent des résultats plutôt que des recettes.
RI3D s’est donné trois ans pour faire approuver ses matériaux. Trois ans, c’est le temps qu’il lui a fallu pour passer d’une idée à une infrastructure réelle. Il serait savoureux que l’État prenne autant de temps pour dire oui que des chercheurs en ont pris pour tout inventer.
À Amos, les murs seront peut-être prêts avant les formulaires. Rassurez-vous : la charpente de bois sera là pour les soutenir.
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