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Lycées bloqués en France : près de 2000 interpellations et plus de 300 policiers blessés en une journée

Parti d’un lycée de banlieue parisienne, le mouvement contre le manque d’enseignants a touché plus d’un établissement sur quatre. Le gouvernement parle de « violences urbaines » et accuse La France insoumise.

3 min de lecture
Le lycée Saint-Exupéry de Créteil, où le mouvement est parti le 17 septembre. Photo de 2013. Photo : Erwmat / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

La France vit une semaine scolaire hors norme. Jeudi, 1027 établissements ont été touchés par le mouvement lycéen, dont 222 bloqués, selon les autorités citées par l’Agence France-Presse dans La Presse. Sur environ 3700 lycées que compte le pays, cela représente près d’un sur trois. Le ministère de l’Intérieur a recensé près de 2000 interpellations, et plus de 300 policiers et gendarmes ont été blessés.

Vendredi, le mouvement se poursuivait. Près de 400 lycées étaient fermés, et de nombreux établissements prévoyaient de donner leurs cours à distance, selon le ministre de l’Éducation nationale, Edouard Geffray.

Une revendication de départ : le manque de profs

Tout est parti le 17 septembre du lycée Saint-Exupéry de Créteil, en banlieue parisienne, en appui aux enseignants en grève contre le manque de personnel et de moyens. Le mouvement a gagné l’Île-de-France la semaine dernière, puis le reste du pays cette semaine. Une trentaine de campus universitaires ont aussi été bloqués jeudi, selon le syndicat Union étudiante.

La France manque d’enseignants, un métier qui attire moins, notamment en raison de salaires bas, rappelle l’AFP. Une élève de 16 ans rencontrée à Rennes dit manifester contre « les sous-effectifs, pour plus d’argent » et « pour des emplois du temps moins chargés ».

Des scènes de violence

Mais les revendications ont vite été éclipsées par les débordements. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a condamné « une violence débridée ». Selon Radio-Canada, il a évoqué des jets de mortiers d’artifice, des incendies de bâtiments publics et le pillage de magasins.

À Paris, les entrées de deux lycées ont été endommagées par le feu. À Nantes, un incendie volontaire a été allumé dans le hall d’une école. À Marseille, un directeur et son adjoint ont été éclaboussés d’essence par des individus qui en versaient dans des conteneurs, selon le rectorat. Des pompiers ont été pris à partie, un de leurs camions a été incendié et l’un d’eux a eu le nez fracturé.

Le ministre Geffray a fait état de 65 membres du personnel de l’Éducation nationale blessés depuis le début du mouvement. « Il y a clairement une entreprise d’attaque et de destruction du service public de l’Éducation », a-t-il dénoncé. Il a aussi demandé l’aide des parents : « dans la rue, les enfants sont en danger ».

Les parents appelés à payer

Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a demandé aux procureurs d’engager la responsabilité civile des parents lorsque leurs enfants causent des dégâts, afin de leur faire « payer les réparations ». La responsabilité civile, c’est l’obligation de réparer un dommage causé à autrui.

Selon les services du premier ministre, le mouvement serait une « manœuvre organisée par LFI (La France insoumise) et ses proxys de l’ultragauche ». Le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, a accusé le gouvernement de « sombrer dans le complotisme ».

L’opinion publique, elle, fait la part des choses. Selon un sondage Odoxa-Backbone pour Le Figaro cité par Radio-Canada, 62 % des Français jugent la mobilisation justifiée, mais 61 % estiment que LFI n’est pas dans son rôle en s’y impliquant.

Un dossier explosif avant la présidentielle

Le moment est délicat : la présidentielle aura lieu dans environ sept mois, Marine Le Pen est donnée favorite et la flambée du prix des carburants alimente un climat social tendu.

Vendredi, le ministre Geffray a rencontré des syndicats et des associations lycéennes. La secrétaire générale du SNES-FSU, premier syndicat des collèges et lycées, Sophie Vénétitay, a jugé l’échange « nécessaire », tout en prévenant qu’« on ne pourra pas sortir de cette crise sans réponse politique nationale ».

Les organisations appellent à poursuivre le mouvement avant une grande manifestation mardi.

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