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Lycées bloqués en France : 589 établissements perturbés et un élève de 15 ans grièvement blessé

Le mouvement lycéen qui secoue la France depuis le 17 septembre a un peu perdu de sa force lundi, mais il pourrait rebondir mardi avec l’appui des syndicats de l’enseignement.

3 min de lecture
Un lycée français : l’établissement Joachim-du-Bellay, à Angers, en 2024. Il n’est pas mentionné dans l’article. Photo : Fab5669 / Wikimedia Commons (CC0)

Moins d’écoles bloquées, mais une blessure qui assombrit la journée : lundi, 589 des 3700 lycées de France étaient perturbés, contre près de 800 vendredi, selon le ministère de l’Éducation, ont rapporté La Presse et Le Devoir. Le lycée français accueille les jeunes de 15 à 18 ans, l’équivalent de la fin du secondaire et du début du cégep au Québec.

À Lens, dans le nord du pays, un jeune de 15 ans a eu la main arrachée lors d’une manifestation, selon le préfet. Il s’agissait vraisemblablement d’une grenade, selon plusieurs médias cités par Le Devoir, mais les circonstances n’ont pas été établies. Le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, a parlé d’une situation « humainement tragique », tout en disant ne pas connaître les circonstances du drame.

Ce que réclament les élèves

Les lycéens dénoncent le manque de moyens et de professeurs, des locaux délabrés, des classes surchargées, des absences non remplacées et une plateforme de candidature aux études supérieures jugée sélective et opaque. « Quand on voit la chute de notre classement sur Pisa, c’est un système d’éducation qui ne fonctionne pas », estime Alma, une élève du lycée Charlemagne, à Paris, citée par La Presse.

L’étude internationale Pisa, qui mesure les compétences des élèves de 15 ans, a donné en septembre à la France ses résultats les plus bas depuis 2000. Le pays reste toutefois dans la moyenne des pays de l’OCDE.

Un bilan qui s’alourdit

Les chiffres officiels varient selon les sources. Le ministre Geffray a fait état de 190 élèves blessés depuis le début du mouvement, « pour l’essentiel du fait d’éléments accidentels ». Lundi soir, le gouvernement avançait le nombre de 215, selon La Presse. Dix enquêtes ont été ouvertes par l’Inspection générale de la police nationale, la « police des polices », chargée d’examiner le comportement des policiers.

Plus de 5000 personnes, dont 87 % de mineurs, ont été placées en garde à vue, c’est-à-dire détenues pour être interrogées, et 1802 font l’objet de poursuites, selon le ministère de la Justice. La semaine dernière, les autorités recensaient aussi 24 établissements « incendiés ou saccagés » et « 78 personnels de l’Éducation nationale blessés ».

Les services du premier ministre ont condamné des « violences urbaines » et en ont imputé la responsabilité à La France insoumise, un parti de gauche radicale. Son coordinateur, Manuel Bompard, a dit « déplorer » les violences, tout en regrettant que l’exécutif « résume » le mouvement à ces débordements. Des syndicats accusent le gouvernement de « réprimer » les élèves avec une brutalité « disproportionnée », et la Ligue des droits de l’Homme dénonce une « dérive globale par rapport à l’État de droit ».

Une lycéenne de Bordeaux de 17 ans, qui a requis l’anonymat, attribue les casses à des gens de l’extérieur : « c’est pas vraiment les lycéens, c’est plutôt les gens en dehors qui viennent casser et du coup décrédibiliser le mouvement ».

Un climat politique tendu

La colère éclate à sept mois de l’élection présidentielle, alors que Marine Le Pen est donnée favorite par les sondages et que les prix des carburants flambent. Le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, a dit « craindre » un embrasement national; l’Union étudiante comptait lundi 32 sites universitaires bloqués.

Mardi, une vaste intersyndicale de l’Éducation nationale appelle à se joindre aux mobilisations, et la CGT veut aider à encadrer les manifestations. Des appels à une « semaine noire » de blocages quotidiens circulent sur les réseaux sociaux. En Belgique, les élèves du secondaire manifestaient lundi pour une troisième journée contre des mesures d’économie dans la partie francophone du pays.

La question qui reste entière

Le mouvement réclame surtout plus d’argent. Le résultat Pisa, que les élèves invoquent eux-mêmes, pose pourtant une autre question : celle de ce que le système fait des ressources qu’il reçoit déjà. Et qui paiera la remise en état des 24 établissements saccagés? Les sources ne le précisent pas.

Pour le Québec, la leçon française tient en une équation : réclamer plus de moyens est facile, démontrer qu’ils produiront de meilleurs résultats l’est beaucoup moins.

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