Livre d’Éric Duhaime : « On a remis un peu d’humain », dit l’éditeur, qui confirme un recours à l’IA
Le chef conservateur reconnaît avoir utilisé l’intelligence artificielle pour corriger, faire des tableaux et vérifier des faits. Son éditeur va plus loin : le premier manuscrit était largement rédigé avec ces outils.

« On a remis un peu d’humain dans le premier manuscrit. » La phrase est de Jérôme Blanchet-Gravel, président et rédacteur en chef de Libre média, l’éditeur du livre politique d’Éric Duhaime. Elle tombe à trois jours du vote.
L’affaire a éclaté jeudi. Le Journal de Montréal a révélé que l’ouvrage du chef du Parti conservateur du Québec (PCQ), paru en avril 2026, aurait été rédigé à 62 % par l’intelligence artificielle, selon le logiciel de détection Pangram. La préface, signée par la députée conservatrice sortante Maïté Blanchette-Vézina, l’aurait été à 100 %.
L’éditeur a ensuite confirmé l’essentiel à Radio-Canada.
Ce que dit Duhaime
Le chef conservateur n’a pas nié. Dans une déclaration écrite, il admet avoir eu recours à l’IA pour corriger certains passages, préparer des tableaux et vérifier des faits. Mais il soutient que toutes les idées viennent de lui et de son coauteur, Guy Mathieu Leroux.
Il ne s’excuse pas non plus. Dans la même déclaration transmise à Radio-Canada, M. Duhaime estime qu’on devrait utiliser encore davantage l’IA, sous supervision humaine, pour augmenter la productivité du gouvernement.
L’éditeur en dit plus
C’est Jérôme Blanchet-Gravel qui donne le plus de détails. Selon lui, la première version reçue du chef conservateur était largement rédigée avec des outils d’écriture automatisée.
« Je lui avais dit [à Éric Duhaime] que c’était un peu trop machinal par moments, donc on est intervenus », raconte-t-il. Résultat, selon son estimation : environ la moitié des tournures viendraient de la machine, l’autre moitié de la main des auteurs.
L’éditeur insiste sur la frontière entre la forme et le fond. « La machine n’intervient pas au niveau des idées », affirme-t-il. Les outils auraient servi à alléger les phrases, à proposer des formulations plus françaises et à faire gagner du temps.
Une époque qui change
M. Blanchet-Gravel ne cache pas son malaise, ni son fatalisme. « Je me désole de la perte de l’écriture 100 % humaine », dit-il. Mais, ajoute-t-il, « il y a quelque chose d’irréversible là-dedans, c’est un peu la marche de la technologie ».
Depuis l’affaire Thélyson Orélien, accusé d’avoir utilisé l’IA pour écrire son roman primé C’était ça ou mourir, retiré de la course au prix Goncourt 2026, des auteurs réclament un label d’écriture 100 % humaine. L’éditeur de Duhaime y voit une utopie et une grande hypocrisie.
La vraie question, selon lui, est ailleurs. « Est-ce qu’il reste vraiment le cerveau de l’opération? », demande-t-il à propos de l’auteur.
Les autres livres passés au détecteur
Radio-Canada a soumis trois livres politiques récents à Pangram. Tous ont obtenu un résultat 100 % humain : celui de la co-porte-parole de Québec solidaire Ruba Ghazal, celui de la mairesse de Longueuil Catherine Fournier et celui de l’essayiste Mathieu Bock-Côté.
Le chef conservateur, lui, a déjà publié quatre ouvrages sans l’aide de l’IA, dont La SAQ pousse le bouchon, en 2014.
Lundi, les électeurs jugeront sur le programme, pas sur la syntaxe. Reste à voir si l’histoire du manuscrit trop « machinal » collera à la campagne conservatrice jusqu’à l’isoloir.


