Les « 10 bonnes idées » de la campagne ont un point commun : presque aucune n’affiche son prix
Épiceries publiques, transport gratuit, logements hors marché : la liste fait rêver. Les seules vraies bonnes idées du lot sont celles qui demandent à l’État de se pousser ou de montrer ses livres.

Samedi matin, vous avez reçu une liste de souhaits. Radio-Canada a publié son palmarès des « 10 bonnes idées » proposées par les partis pendant la campagne. Une passe de transport à 95 $ par mois. Des épiceries publiques. Des congés parentaux allongés. Des logements hors marché. Une passe sport. Un livre pour chaque élève.
Cherchez la facture. Vous ne la trouverez presque nulle part. Le seul montant précis de la liste, ce sont les 8 millions de dollars par année promis par le Parti québécois pour des livres dans les écoles. Pour le reste, c’est vous qui ferez le calcul. Plus tard. Sur votre talon de paie.
L’État épicier
Le clou du spectacle, c’est Québec solidaire : 15 épiceries publiques, approvisionnées à 75 % par des produits québécois. L’idée vient de New York, où le maire Zohran Mamdani prévoit d’ouvrir cinq épiceries publiques de 2027 à 2029, en promettant des prix de 30 à 40 % moins élevés que dans les autres épiceries.
Même l’auteur du palmarès hésite. Est-ce réalisable? « J’ai de la difficulté à répondre à cette question », écrit-il, tout en jugeant que l’idée mérite d’être étudiée.
Permettez-moi d’aider. L’État qui nous a donné SAAQclic veut maintenant gérer des étalages de fruits et légumes. Et si les prix sont 30 à 40 % plus bas, qui paie la différence? Pas le fournisseur. Pas le caissier. Vous, par vos impôts, et les épiciers du coin, qui devront affronter un concurrent financé par leurs propres taxes.
Le transport « gratuit » ne l’est jamais
Le PQ propose une Passe mobilité à 95 $ par mois pour tous les transports collectifs. QS irait plus loin : transport collectif gratuit pour les 25 ans et moins et les 65 ans et plus, et un crédit d’impôt de 20 % pour les autres usagers. Gratuit, dans la bouche d’un politicien, veut dire payé par quelqu’un d’autre. En l’occurrence, l’automobiliste de banlieue ou de région, qui n’a pas de métro au coin de la rue mais qui financera celui des autres.
Sur le logement, même refrain. Le Parti libéral veut porter à 20 % la part des logements hors marché en 2050. QS veut que 20 % des logements locatifs ajoutés soient du logement social et communautaire d’ici 25 ans. Le palmarès juge que le hors marché est « probablement celle qui serait la plus rapide à mettre en place pour l’État ». La plus rapide pour l’État, peut-être. La moins chère pour le contribuable? Personne ne le dit.
Quant aux congés parentaux, le PLQ, la CAQ, le PQ et QS veulent tous les bonifier. Les parents qui veulent rester plus longtemps avec leur bébé font un choix qui leur appartient, et c’est très bien ainsi. Ce qui l’est moins, c’est une liste qui ne dit pas combien ces semaines supplémentaires coûteront aux cotisants.
Les vraies bonnes idées ne coûtent presque rien
Il y a pourtant des perles dans ce palmarès. Elles ont un point commun : elles enlèvent un obstacle ou elles obligent l’État à montrer ses livres.
La CAQ propose de permettre aux 65 ans et plus de gagner jusqu’à 35 000 $ par année sans être imposés, s’ils travaillent dans un service essentiel en manque de main-d’œuvre. Voilà une mesure qui ne crée pas de programme : elle laisse les gens travailler et garder leur argent. On pourrait même se demander pourquoi la limiter aux services essentiels.
Le Parti conservateur propose un tableau de bord public des projets numériques de l’État : coûts, retards, reports, résultats. Après le scandale SAAQclic, ce n’est pas une bonne idée, c’est une évidence. Le PQ, lui, veut rendre publics les critères d’attribution des mégawatts aux entreprises et diffuser les études de la firme McKinsey sur la filière batterie. Transparence. Coût : presque nul. Rendement : énorme.
Voilà la vraie leçon de la liste. Les idées qui font du bien au Québec sont rarement celles qui font grossir la machine. Ce sont celles qui la forcent à rendre des comptes.
Le 5 octobre, faites un exercice simple : pour chaque bonne idée promise, demandez-vous qui reçoit la facture. Puis regardez votre compte de taxes.
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