Le PQ en tête à quatre jours du vote : ce que coûterait un gouvernement St-Pierre Plamondon
Favori des sondages, Paul St-Pierre Plamondon a chiffré à 130 millions de dollars le référendum qu’il promet. Constitution provisoire, langue, immigration : tour d’horizon d’une plateforme qui engage bien plus que le prochain budget.

Le Parti québécois aborde le dernier droit de la campagne en tête, et son chef a fini par chiffrer sa promesse la plus lourde de conséquences : le référendum sur la souveraineté que Paul St-Pierre Plamondon entend tenir en 2029 ou en 2030 coûterait au moins 130 millions de dollars, selon le détail qu’il a fourni à La Presse Canadienne.
À quatre jours du scrutin du lundi 5 octobre, le sondage Léger publié le 21 septembre accordait 29 % des intentions de vote au PQ. Le chef péquiste y était désigné comme le meilleur premier ministre par 26 % des répondants, en hausse de quatre points, et 65 % des Québécois disaient souhaiter un changement de gouvernement. Le sondage a été mené du 18 au 21 septembre auprès de 1001 électeurs, avec une marge d’erreur de 3,1 points, 19 fois sur 20.
La question n’est donc plus seulement de savoir ce que promet le PQ. Elle est de savoir ce que coûterait, concrètement, un gouvernement péquiste.
Pourquoi c’est important
Le référendum est inscrit au cadre financier du parti, c’est-à-dire le document où chaque formation additionne le coût de ses promesses et indique comment elle compte les payer. La facture se décline en trois temps : 10 millions en 2027-2028 pour des études et des consultations, dont une commission itinérante sur la constitution provisoire, 10 millions de plus en 2028-2029 pour poursuivre ces travaux, puis 110 millions en 2029-2030 pour la tenue du vote.
Le chef péquiste admet lui-même que la préparation pourrait coûter davantage. « Le coût réel de préparation, c’est autour de 20 M$, peut-être 30 M$, dépendamment de s’il y a des imprévus », a-t-il déclaré en entrevue. Il s’engage à tenir ce référendum après le départ de Donald Trump de la Maison-Blanche, que le PQ forme un gouvernement majoritaire ou minoritaire.
S’il est élu, Paul St-Pierre Plamondon nommera un ministre responsable du processus d’indépendance. Ce ministre remplacerait celui des Relations canadiennes et puiserait dans ses budgets. « On peut s’engager à ne pas augmenter la taille de ce ministère-là », a-t-il assuré.
Ce que le cadre financier ne contient pas compte aussi. Il exclut, par exemple, la promesse de créer une armée québécoise après une victoire du Oui. « Le cadre budgétaire québécois, il change après l’indépendance du Québec », a résumé le chef. Pour le contribuable, cela veut dire que le coût d’un Québec souverain, lui, reste hors du chiffrier.
Ses adversaires réclamaient ces chiffres depuis le début de la campagne. Le chef péquiste y voit une stratégie pour « démoniser la consultation d’un peuple sur son avenir » et soutient que son parti propose « un resserrement du gaspillage historique ». Le PQ présente d’ailleurs l’échec de Northvolt comme l’ultime symbole de la dilapidation des fonds publics.
Les acteurs et leurs intérêts
La constitution provisoire est l’autre dossier qui a fait réagir cette semaine. Selon le Livre bleu du PQ, ce texte tiendrait lieu de loi fondamentale entre un référendum gagnant et l’adoption de la constitution définitive d’un Québec indépendant. Le 30 septembre, Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, Paul St-Pierre Plamondon a précisé que les Autochtones seraient consultés, mais qu’ils n’auraient pas de droit de veto. « Le standard de consultation et d’assentiment pour une constitution provisoire n’est pas le même que pour une constitution à long terme », a-t-il expliqué, selon Radio-Canada.
La sortie n’a pas plu à Québec solidaire, pourtant l’autre parti souverainiste. « C’est assez indélicat de choisir cette journée-là pour faire une telle déclaration », a réagi Alexandre Boulerice, candidat solidaire dans Gouin. QS souhaite plutôt que les Premiers Peuples fassent partie d’une assemblée constituante chargée de rédiger une constitution, soumise ensuite au référendum. La co-porte-parole Ruba Ghazal a par ailleurs reproché au chef péquiste, selon Le Devoir, d’avoir manqué une belle occasion d’accepter la critique.
La relation entre les deux partis pèsera lourd si le PQ forme un gouvernement minoritaire, c’est-à-dire avec moins de la moitié des sièges à l’Assemblée nationale. Invitée à dire si son parti appuierait un référendum d’ici 2030 dans ce scénario, Ruba Ghazal a refusé de s’avancer, tout en affirmant que QS serait « dans le camp du Oui ».
Face à Ottawa, le chef péquiste durcit le ton. Il a tracé ses premières lignes rouges en matière d’immigration face au gouvernement de Mark Carney, qu’il accuse d’être basé sur « l’abus de pouvoir », rapporte Le Devoir.
Ce que ça change pour vous
À l’école, le PQ veut rehausser les critères de réussite en français aux examens de cinquième secondaire et accorder « une pondération de 10 % de la note à la qualité du français dans tous les travaux évalués, quelle que soit la matière ». Il promet aussi une enquête sur la langue que les jeunes utilisent entre eux dans les écoles de Montréal et de Laval, et réitère sa promesse d’étendre la loi 101 aux cégeps, c’est-à-dire d’appliquer au collégial les règles d’accès à l’enseignement en anglais qui existent déjà au primaire et au secondaire.
En éducation, le PQ propose de demander aux écoles privées d’accepter une plus grande proportion d’élèves en difficulté, une idée qu’un enseignant interrogé par Radio-Canada juge la plus réaliste du lot. Avec le PLQ et QS, il promet aussi des états généraux, une vaste consultation sur l’avenir du réseau scolaire, et la rémunération des stages en enseignement. La CAQ et le Parti conservateur s’opposent à ces états généraux.
Pour les familles qui comptent chaque dollar, l’enjeu principal reste toutefois ailleurs. Dans le sondage Léger, 53 % des répondants citaient le coût de la vie et le logement parmi les enjeux qui influencent le plus leur vote, devant l’amélioration des services publics, à 46 %.
Les chiffres clés
- 130 millions de dollars : coût du référendum inscrit au cadre financier du PQ, réparti sur trois ans
- 110 millions : la tenue du vote lui-même, prévue en 2029-2030
- 29 % : intentions de vote du PQ selon Léger (sondage du 18 au 21 septembre)
- 26 % : répondants qui voient Paul St-Pierre Plamondon comme le meilleur premier ministre
- 65 % : Québécois qui souhaitent un changement de gouvernement
La suite
Les électeurs se prononcent lundi. Si le PQ l’emporte, le premier test viendra vite : la nomination d’un ministre de l’Indépendance et le premier budget diront si le parti peut à la fois financer sa démarche référendaire et tenir sa promesse de serrer la vis au gaspillage. Il faudra aussi surveiller le nombre de sièges : un PQ minoritaire dépendrait d’alliés qui, pour l’instant, refusent de lui signer un chèque en blanc.


