Le droit de vote des détenus mérite un vrai débat, et les victimes, autre chose qu’un haussement d’épaules
Près de 2000 personnes incarcérées sont inscrites pour voter, par la poste. Même le ministre de la Sécurité intérieure dit comprendre les victimes qui n’en reviennent pas. Alors, on en parle?

Mille neuf cent soixante-douze. C’est le nombre de personnes incarcérées inscrites sur la liste électorale du Québec pour le scrutin, selon Élections Québec, rapporte Radio-Canada. Quelques centaines de plus qu’en 2018 et en 2022. Elles voteront par la poste, bulletin scellé dans une enveloppe, depuis leur cellule.
Et le taux de participation fait rêver : 75 % en 2022, 82 % en 2018, contre 66 % pour l’ensemble des Québécois. D’accord, seuls ceux qui le veulent s’inscrivent, ce qui gonfle les chiffres. L’image reste frappante : on déploie plus d’efforts pour faire voter un détenu que pour aller chercher bien des citoyens ordinaires.
Les victimes, elles, on leur demande de comprendre
On nous demande toujours de comprendre. Comprendre le contexte. Comprendre le parcours. Comprendre que le droit de vote est un droit. Très bien. Mais qui comprend la personne agressée, volée, menacée, qui apprend que son agresseur choisira, lui aussi, ceux qui écriront les lois sur la sécurité publique?
Ce n’est pas moi qui le dis. C’est le vice-premier ministre et ministre sortant de la Sécurité intérieure, Ian Lafrenière : « Je comprends les victimes qui regardent cela en disant : “Je ne peux pas croire que ce droit-là est donné.” » Quand le ministre responsable des prisons lui-même reconnaît que la question se pose, c’est qu’elle se pose.
Une machine bien huilée
Avant chaque scrutin, Élections Québec envoie dans chaque établissement une trousse complète : affiches, manuels de l’électeur, formulaires d’inscription. « C’est une grosse machine qui se déploie », reconnaît le porte-parole du ministère. Je ne doute pas de son efficacité. Je doute de ses priorités. Combien de victimes reçoivent une trousse aussi complète pour comprendre leurs droits devant les tribunaux?
Le ministre affirme que les conditions de détention ont été durcies : confinement en cellule dès 21 h, au moins une heure et demie plus tôt qu’avant, et un projet-pilote d’uniforme obligatoire à Roberval. C’est un début. Mais on parle ici d’heures de coucher et de vêtements, pas de principe.
Ce qu’il faudrait faire
Ouvrir le débat, franchement. Le Québec pourrait au moins se demander si une personne qui purge une peine pour un crime violent devrait conserver, pendant sa détention, exactement les mêmes droits politiques que le citoyen qu’elle a peut-être agressé. Rien n’empêche le Québec d’en discuter ouvertement, avec les juristes, et surtout avec les victimes.
Ce n’est pas de la vengeance. C’est l’idée, très simple, qu’un geste grave entraîne des conséquences.
Lundi, vous irez voter. Dans quelques prisons, des enveloppes scellées partiront aussi. Demandez-vous seulement qui, dans tout ça, a pensé aux victimes.
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