La Cordée ferme définitivement : 127 emplois perdus en octobre, la fin d’une entreprise née en 1953
Le détaillant québécois de plein air, placé à l’abri de ses créanciers cet été avec plus de 13 millions de dettes, liquide ses derniers magasins. C’est sa deuxième crise financière en six ans.

La Cordée cessera officiellement ses activités dans les prochaines semaines. Le détaillant québécois d’articles de plein air l’a annoncé mercredi à sa clientèle, et la fermeture entraînera la perte de 127 emplois au cours du mois d’octobre, selon les avis de licenciement collectif publiés jeudi par le ministère du Travail, a rapporté La Presse.
Un avis de licenciement collectif est un document que l’employeur doit transmettre au ministère lorsqu’il met à pied un groupe important de salariés en même temps. Il permet notamment de connaître l’ampleur réelle des pertes d’emplois.
Les chiffres clés
- Emplois perdus en octobre : 127
- Total des licenciements ces derniers mois : 158
- Dettes au moment de la protection contre les créanciers, en juillet : un peu plus de 13 millions
- Créances lors de la première crise, en 2020 : plus de 22 millions
- Magasins encore ouverts, en vente de fermeture : 3
- Année de fondation : 1953
Comment en est-on arrivé là
La fermeture survient après plusieurs années de déboires financiers, souligne Radio-Canada. En juillet, l’entreprise s’était placée sous la protection de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité. Cette loi fédérale permet à une entreprise en difficulté de se mettre à l’abri de ses créanciers, c’est-à-dire des fournisseurs, prêteurs et autres à qui elle doit de l’argent, le temps de se restructurer ou d’organiser la vente de ses actifs. Ses dettes dépassaient alors 13 millions de dollars.
Les deux principaux créanciers étaient la Financière Accord, qui attendait 3 millions, et Equip Outdoor Technologies Canada, propriétaire des marques Rab et Lowe Alpine, qui en attendait 2, selon les documents consultés par La Presse. Ces documents ne précisaient toutefois pas les raisons des difficultés de cette année.
Ce n’était pas une première. En 2020, La Cordée avait déjà eu recours à la même loi, avec des créances qui frôlaient les 23 millions. Les documents judiciaires de l’époque attribuaient ses difficultés à l’acquisition de La Vie Sportive, à l’arrivée de concurrents spécialisés dans les articles de sport et à des retards dans le commerce en ligne. Le détaillant était ensuite passé dans le giron du Groupe Mach, un promoteur immobilier, qui en est aujourd’hui l’un des actionnaires avec la firme Livewire Outdoor Investments Limited, enregistrée au Royaume-Uni, selon le Registraire des entreprises du Québec.
Cet été, la chaîne a fermé deux magasins : celui de Laval en août, avec 31 emplois perdus, puis celui des Promenades Cathédrale, au centre-ville de Montréal, en septembre. Ce dernier comptait à lui seul 39 des 127 employés visés par les avis d’octobre.
Ce qui reste
Trois magasins demeurent ouverts le temps d’écouler les inventaires : Saint-Hubert, sur la Rive-Sud, le boulevard Saint-Laurent à Montréal et La Vie Sportive à Québec. Les employés d’un local de Montréal-Nord sont aussi touchés. Une vente de fermeture est en cours, avec des rabais allant jusqu’à 50 %, selon le site de l’entreprise cité par Radio-Canada.
« D’ici à la fermeture, nos équipes demeureront présentes pour vous conseiller et vous servir avec le même engagement qui nous a toujours animés », écrit le détaillant dans son message en ligne. La Cordée n’a pas souhaité commenter davantage, précisant seulement que ses activités se poursuivront de façon progressive, au rythme de l’écoulement des stocks.
La Confédération des syndicats nationaux (CSN), qui représente une quarantaine de membres chez La Cordée, n’a pas souhaité commenter les pertes d’emplois. Les salariés des magasins montréalais s’étaient syndiqués en 2019.
Une institution du plein air
L’histoire de La Cordée commence en 1953, sous le nom de Coopérative des scouts. Une coopérative est une entreprise qui appartient à ses membres plutôt qu’à des actionnaires. On y vendait alors des uniformes et du matériel de camping, à l’angle des rues Berri et Ontario, à Montréal. Dans les années 1960, le magasin s’est ouvert au grand public, puis le matériel d’escalade, de ski et de sports nautiques a fait son entrée sur les tablettes. Au fil des décennies, La Cordée s’est imposée comme une référence du plein air, du camping, du vélo et du ski de fond.
« Nous avons eu le privilège de vous conseiller, de vous équiper et de vous accompagner dans vos aventures, de la première randonnée aux plus grandes expéditions », écrit l’entreprise dans son message d’adieu.
Les souvenirs affluent. Des lecteurs de La Presse se rappellent la boutique de la rue Sainte-Catherine, près du pont Jacques-Cartier, où les scouts allaient chercher foulards et bérets, et des employés qui avaient vraiment essayé l’équipement en forêt ou en montagne. Pendant la crise du verglas, l’équipement d’escalade de glace de La Cordée a même permis au 3e Bataillon du Royal 22e Régiment d’aller déglacer des ponts, raconte l’un d’eux.
Ce que ça signifie pour l’économie québécoise
La disparition de La Cordée rappelle qu’une marque connue et aimée ne protège pas contre les difficultés financières : deux recours à la protection contre les créanciers en six ans ont fini par avoir raison d’une entreprise de plus de 70 ans. Pour les 158 personnes licenciées ces derniers mois, l’enjeu est immédiat : retrouver un emploi dans le commerce de détail.
Pour les clients, il reste quelques semaines pour profiter des rabais et, peut-être, faire un dernier détour par un magasin qui a équipé des générations de Québécois.


