La Caisse de dépôt gère votre retraite, pas la politique étrangère du Québec
Des manifestants réclament que la Caisse de dépôt et placement se retire de 81 entreprises liées à Israël. Peu importe la cause, l’argent des retraités québécois ne doit pas devenir un outil de pression politique.

Vingt-six milliards quatre cents millions de dollars. C’est le montant que, selon le collectif Désinvestir pour la Palestine, la Caisse de dépôt et placement du Québec avait placé au 31 décembre 2025 dans 81 entreprises que ce groupe juge complices de violations du droit international. Ce chiffre, c’est le collectif qui l’avance. Mais l’argent dont il parle, lui, n’appartient ni au collectif ni aux manifestants. C’est le vôtre.
Samedi, des milliers de personnes ont défilé à Montréal jusqu’au consulat général d’Israël, à l’appel du Mouvement de la jeunesse palestinienne de Montréal, a rapporté Radio-Canada. Le collectif Désinvestir pour la Palestine figurait parmi les organisateurs. Leurs revendications s’adressent à Ottawa et à Québec : un embargo sur les armes dans les deux sens, des sanctions visant Israël, la fin de la représentation québécoise à Tel-Aviv et la libération de tous les prisonniers palestiniens. Et, en toile de fond, la Caisse.
Qu’on soit bien clair. Le drame humain à Gaza est réel, et les gens qui sont descendus dans la rue samedi ont parfaitement le droit de le dénoncer, de manifester et de faire pression sur leurs élus. C’est ça, une démocratie. Ma chronique ne porte pas sur leur cause. Elle porte sur votre bas de laine.
Un gestionnaire, pas un ministère
La Caisse de dépôt gère l’épargne collective des Québécois : les régimes de retraite, les assurances publiques, l’argent qui doit être là le jour où vous cesserez de travailler. Sa mission tient en une phrase : faire fructifier cet argent avec prudence. Pas récompenser les gouvernements qu’on aime. Pas punir ceux qu’on déteste.
Le jour où la Caisse commence à trier ses placements selon les campagnes militantes du moment, elle cesse d’être un gestionnaire pour devenir un instrument politique. Et un instrument politique, ça se réclame par tout le monde. Aujourd’hui, c’est un collectif qui cible 81 entreprises. Demain, ce sera un autre groupe avec une autre liste, pour une autre cause, tout aussi sincère. Qui tranche? Selon quels critères? Et qui paie quand les rendements reculent parce qu’on s’est privé de bons placements pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la finance?
Vous. Toujours vous.
Le nombre ne fait pas la règle
Boutaina Chafi, qui parle au nom du mouvement organisateur, fait valoir que les demandes de son organisation sont populaires et légitimes, puisque « 156 organisations de la société civile québécoise les endossent ». Cent cinquante-six organisations, c’est beaucoup de lettres d’appui. Ce n’est pas un mandat des cotisants. Les travailleurs et les retraités dont l’épargne est confiée à la Caisse n’ont pas voté pour cette liste.
Le Conseil central du Montréal métropolitain de la CSN était aussi de la manifestation. Une centrale syndicale a toute la latitude voulue pour prendre position sur la politique internationale. Mais quand le débat glisse vers la gestion de l’argent des retraites, il faut rappeler une évidence : le rendement de la Caisse, c’est ce qui évite aux contribuables de devoir combler les trous plus tard, avec leurs taxes et leurs impôts.
Et le bureau de Tel-Aviv?
Il y a enfin la question de notre bureau en Israël. Paul St-Pierre-Plamondon, chef péquiste devenu premier ministre élu, avait demandé en avril de suspendre ses activités, rappelle Radio-Canada. Son gouvernement aura donc bientôt à décider. Qu’il le fasse en se demandant d’abord ce que ce bureau rapporte, ou non, aux entreprises et aux travailleurs d’ici. Un bureau à l’étranger doit être jugé sur ses résultats, comme toute dépense publique. Pas sur les slogans scandés devant un consulat.
La politique étrangère du Canada se décide à Ottawa, par des élus qui en répondent devant les électeurs. La gestion de nos retraites, elle, doit rester à l’abri des modes, des campagnes et des pressions, de quelque bord qu’elles viennent. C’est précisément ce qui fait sa valeur.
La prochaine fois que quelqu’un vous expliquera quoi faire avec la Caisse, demandez-lui simplement s’il est prêt à payer la différence sur votre chèque de retraite.
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