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Culture

L’homme de trop : Antoine Dion-Ortega avait imaginé l’affaire Orélien avant qu’elle n’éclate

Le premier roman de l’enseignant et ancien journaliste raconte un écrivain qui signe un livre écrit par une machine. La controverse autour de C’était ça ou mourir lui donne une actualité qu’il aurait préféré éviter.

2 min de lecture
Le Salon du livre de Montréal (photo d’illustration). Photo : ActuaLitté / Wikimedia Commons (CC BY-SA 2.0)

«Au moins, avec du vrai faux, on savait à quoi s’attendre : c’était toujours mieux que du faux vrai.» La phrase clôt l’épilogue de L’homme de trop, premier roman d’Antoine Dion-Ortega. Elle sonne aujourd’hui comme une prophétie.

Le livre, à la fois roman d’anticipation et satire sociale, suit Augustin Choinière, un écrivain sans le sou et sans gloire qui piétine depuis des années sur son premier manuscrit. Une mystérieuse jeune pousse, Open Future, lui propose un marché : faire passer pour le sien un roman que son logiciel a écrit en 5 h 27. L’entreprise veut savoir si les lecteurs accorderont de la valeur à une œuvre sans auteur, à condition de ne pas le savoir.

Le pari réussit. Le livre, qui met en lumière les itinérants, propulse Choinière au rang d’étoile des lettres québécoises, jusqu’en France.

Quand la fiction rattrape l’actualité

Radio-Canada a recueilli les propos de l’auteur au moment où une affaire bien réelle agite le milieu littéraire des deux côtés de l’Atlantique. Thélyson Orélien, écrivain canado-haïtien, s’est vu reprocher la semaine dernière d’avoir eu recours à l’intelligence artificielle pour rédiger C’était ça ou mourir, un premier roman devenu phénomène et consacré à la traversée des migrants.

Antoine Dion-Ortega, enseignant en francisation et ancien journaliste, s’est dit complètement sidéré en suivant l’histoire, d’autant que son roman aborde aussi le plagiat. «C’était surréel», résume-t-il.

Le romancier ne s’en réjouit pas. «Cela m'attriste même énormément», confie-t-il, en disant éprouver de l’empathie pour Thélyson Orélien. Le drame, à ses yeux, est que l’affaire éclipse le sujet grave que l’auteur voulait éclairer.

La langue et ceux qui l’écrivent

Quand il a commencé à écrire, l’outil ChatGPT n’existait pas encore. Le livre devait être de la science-fiction; il est devenu, selon lui, une histoire probable, puis une histoire qui se réalise. Pessimiste de nature, il se dit surpris non pas du scénario, mais de sa vitesse. «L’époque a plutôt tendance à faire les pires choix», observe-t-il.

Ce qui l’étonne davantage, c’est l’indulgence d’une partie du public. Dans les réactions à l’affaire, il a entendu bien des gens juger la chose inévitable et, partant, sans gravité.

L’écrivain se montre très critique envers les géants de la technologie, qu’il accuse de profiter de la dépendance que crée l’intégration de ces outils au travail comme dans les loisirs. «Après les pétrolières et les cigarettières, la Big Tech sait très bien comment exploiter nos faiblesses», lance-t-il.

On peut ne pas partager toute sa sévérité envers l’innovation. Reste une question que tout amoureux du français devrait se poser : que devient une littérature si le lecteur ne peut plus savoir qui, ou quoi, tient la plume?

Un roman à lire maintenant

Dans son épilogue, Antoine Dion-Ortega imagine un public qui, incapable de distinguer les auteurs honnêtes des imposteurs, finit par se détourner des artistes dans leur ensemble. C’est le danger qu’il voit poindre.

La littérature québécoise s’est construite sur une conviction simple : derrière chaque livre, il y a une voix, une main, une mémoire. L’homme de trop rappelle que cette transmission, d’un écrivain à son lecteur, ne va plus de soi, et qu’il appartient peut-être aux lecteurs eux-mêmes de la défendre.

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