L’Alberta construit son pipeline. Le Québec, lui, regarde passer la richesse
Ottawa met l’oléoduc Pacific Link sur la voie rapide. Pendant ce temps, Matagami est une ville minière sans mine. Qu’est-ce qu’on attend pour développer nos propres ressources?

Jeudi, à Fort McMurray, le premier ministre Mark Carney et la première ministre albertaine Danielle Smith ont mis l’oléoduc Pacific Link sur la voie rapide. Un million de barils par jour vers le Pacifique. Vingt milliards par année de plus au PIB, promet Ottawa. Et pour aller vite, la loi C-5 permet de contourner au moins 12 lois et 7 règlements environnementaux si le gouvernement le juge nécessaire, rapporte La Presse.
L’Alberta a compris quelque chose de simple : quand on a des ressources, on les développe. Et quand Ottawa traîne, on tape sur la table jusqu’à ce qu’il avance.
Et nous?
Une ville minière sans mine
Allez demander au maire de Matagami. René Dubé dirige une ville de 1400 habitants dans l’Ungava, une circonscription qui couvre la moitié du territoire québécois. Le lithium est là. L’hydroélectricité est là. La forêt est là. Et pourtant, Matagami est, selon ses propres mots, « une ville minière qui n’a plus de mine ».
Ce même maire dit que les régions ressources contribuent davantage aux finances publiques qu’elles n’en profitent, rapporte Radio-Canada. Et que pendant cette campagne électorale, il n’entend à peu près personne parler de ce qu’on va faire avec les régions. Moi non plus, monsieur le maire.
Les donneurs de leçons
Pendant qu’à Montréal on débat de la place des voitures sur le mont Royal, dans le Nord, on se demande comment garder une épicerie ouverte. Le seul marché d’alimentation de Matagami dessert un territoire de 180 kilomètres à la ronde. Les spécialistes de la santé sont à Amos, à 180 kilomètres, et le transport médical n’est remboursé qu’à partir de 200 kilomètres. Voilà la réalité de ceux qui vivent là où la richesse dort sous leurs pieds.
Les grands centres aiment bien les redevances des mines et des barrages. Ils aiment un peu moins les mines et les barrages. On veut l’argent, pas l’effort. On veut les services, pas les chantiers.
Ce qu’il faudrait faire
Le Québec devrait se doter de sa propre voie rapide pour les projets de ressources : mines de lithium, forêt, énergie. Des délais d’autorisation clairs, un guichet unique, comme le Bureau des grands projets fédéral, et une vraie part des redevances pour les régions qui portent ces projets. Le lithium du Nord peut faire du Québec un acteur majeur de l’économie de demain. Encore faut-il avoir le courage de le sortir du sol.
L’Alberta ne s’excuse pas d’avoir du pétrole. Le Québec devrait arrêter de s’excuser d’avoir des ressources.
À ceux qui préfèrent que le Nord reste une carte postale : venez y vivre un hiver. On en reparlera au printemps.
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