Kyiv paralysée : les frappes russes ferment le pont Sud, une première sur un pont majeur depuis 2022
Le maire Vitaly Klitschko accuse Moscou de « saccager » la capitale ukrainienne, coupée en deux par d’immenses embouteillages. Volodymyr Zelensky affirme que Vladimir Poutine agit désormais « sans plus aucune règle ».

Pour la première fois depuis le début de l’invasion russe, en 2022, un pont majeur de Kyiv a été mis hors service par des frappes. Touché par des drones russes jeudi, puis de nouveau à plusieurs reprises dans la nuit, le pont Sud a été complètement fermé à la circulation vendredi, a annoncé le maire Vitaly Klitschko, cité par l’AFP et La Presse. Les Ukrainiens redoutaient depuis longtemps de telles attaques.
La portée de ces frappes dépasse les dégâts matériels. Kyiv, qui compte quelque 3 millions d’habitants, est coupée en deux par le Dniepr et dépend fortement de ses huit ponts. Le pont Sud porte aussi une ligne de métro.
Une capitale coupée en deux
La circulation a également été limitée sur deux autres ponts majeurs, Paton et Métro, qui n’ont pourtant pas été attaqués. Des journalistes de l’AFP ont aussi constaté des restrictions temporaires sur un quatrième ouvrage, le pont Darnytsky.
En milieu d’après-midi, l’application de navigation Waze signalait toujours des kilomètres de bouchons le long du fleuve, rendant presque impossible le passage d’une rive à l’autre. « Il n’y a tout simplement aucun moyen de s’y rendre. Rien. Impossible de traverser les ponts aujourd’hui », a raconté à l’AFP une couturière qui avait tenté pendant trois heures de se rendre à son travail sur la rive gauche.
Le maire a qualifié la situation d’« extrêmement dramatique ». Selon lui, Moscou cherche à « saccager » la ville en s’en prenant systématiquement à ses infrastructures, à ses habitations et à sa logistique.
L’ambassadrice de l’Union européenne à Kyiv, Katarina Mathernova, a pour sa part déploré « le chaos routier » qui frappe des habitants qui doivent malgré tout emmener « leurs enfants à l’école » ou « se rendre au travail ».
Une guerre des infrastructures
Dans un entretien au Financial Times, le président Volodymyr Zelensky a soutenu que son homologue russe avait décidé d’agir « sans plus aucune règle » contre des cibles civiles. « Les Russes […] visent nos ponts, nos centres de données, internet, le réseau de téléphonie mobile, les hôpitaux, les jardins d’enfants, les écoles, les universités : tout. Ils veulent pousser la population à fuir les villes, et nous devons tout mettre en œuvre pour sauver nos concitoyens », a-t-il affirmé.
Selon l’armée ukrainienne, la Russie a lancé plus de 100 drones contre le pays dans la nuit de jeudi à vendredi, dont près de 50 drones à réaction, plus rapides et plus difficiles à abattre. Kyiv dit en avoir neutralisé la majorité. Dans la capitale, un immeuble résidentiel a été touché; les pompiers y ont retrouvé une personne morte en éteignant l’incendie causé par l’impact.
L’Ukraine frappe de son côté, depuis des mois, des raffineries, des dépôts de pétrole, de grands entrepôts et des navires-cargos en mer Noire. M. Zelensky a fait état vendredi de nouvelles frappes sur des sites pétroliers et militaires en Russie. La veille, il avait annoncé le premier usage au combat du FP-7, un missile balistique tactique de fabrication ukrainienne.
Le talon d’Achille de la défense aérienne
L’Ukraine manque toutefois de moyens pour intercepter les missiles balistiques et les nouveaux drones à réaction. Les avions F-16 de fabrication américaine, fournis par les alliés, se montrent efficaces contre ces drones, a assuré M. Zelensky au Financial Times. Mais environ la moitié des appareils passent de longues périodes en Europe pour leur entretien et leurs réparations.
Les deux camps ont nettement intensifié leurs frappes à longue portée ces derniers mois, et le nombre de victimes civiles augmente. En visant les ponts d’une capitale bâtie sur les deux rives d’un fleuve, Moscou s’attaque désormais à ce qui relie la ville à elle-même.


