Kyiv : des drones russes frappent un pont majeur et un institut nucléaire, Poutine refuse toute trêve des frappes
Première attaque d’envergure contre un des principaux ponts de la capitale depuis 2022. Le réacteur de recherche, à l’arrêt et vidé de son uranium, n’a pas été touché.

Des drones russes ont frappé jeudi l’un des principaux ponts de Kyiv, un viaduc emprunté par le métro, au-dessus du Dniepr. La veille, un autre engin avait touché l’enceinte d’un institut de recherche nucléaire de la capitale, a rapporté La Presse. Ces deux attaques, survenues alors que Vladimir Poutine rejetait toute idée de trêve des frappes à longue portée, illustrent une guerre qui, plus de quatre ans et demi après l’invasion de février 2022, cible de plus en plus les infrastructures civiles.
C’est la première attaque importante rapportée contre l’un des grands ponts de Kyiv depuis le début de l’invasion à grande échelle. La dernière frappe sur un pont de la capitale remontait à octobre 2022, lorsqu’un missile avait touché une passerelle piétonne. Fermé pendant environ une heure et demie, l’ouvrage a été rouvert; les inspections préliminaires n’ont relevé « aucun dommage critique », selon l’administration municipale.
Le nucléaire en toile de fond
L’institut visé abrite un petit réacteur de recherche datant de l’époque soviétique. Selon l’administration d’État pour la régulation nucléaire, il est à l’arrêt depuis février 2022 et son uranium a été retiré, même si l’entretien de ses systèmes de sûreté se poursuit. Le réacteur n’a pas été endommagé.
Le symbole n’en est pas moins lourd. Depuis 2022, Kyiv redoute les attaques contre ses ponts, essentiels à la logistique d’une capitale qui s’étend de part et d’autre du fleuve. Un conseiller de la présidence ukrainienne, Serguiï Beskrestnov, affirme que la Russie a utilisé pour la première fois une ogive à charge creuse, conçue pour percer et découper l’acier, sur un drone à réaction. Il y voit le signe que Moscou prépare des attaques contre les lignes de transport d’électricité à haute tension.
Le refus du Kremlin
Le même jour, au forum de Valdaï, Vladimir Poutine a rejeté l’idée, avancée par Kyiv et Washington, d’un arrêt mutuel des frappes à longue portée. « On nous dit : “Qu’ils cessent de frapper vos raffineries, et vous cesserez de frapper leurs navires”. C’est tout simplement ridicule », a-t-il lancé. Interrogé de nouveau, il a répondu d’un mot : « Non ».
Les scénarios
Sur le terrain, le front, figé depuis des mois, bouge à nouveau dans certains secteurs de la région de Donetsk. Selon une analyse de l’AFP fondée sur les données de l’Institute for the Study of War, la contre-offensive ukrainienne « Vivaldi », lancée le mois dernier, a permis de reprendre 172 km² autour de Kramatorsk et de Lyman.
Mais la guerre est aussi financière. L’Ukraine doit encore combler un déficit de 20 milliards de dollars dans son budget de défense cette année; Bruxelles affirme avoir « identifié les moyens » de débloquer des fonds européens.
L’histoire des guerres longues enseigne que l’usure se joue autant sur les infrastructures et les budgets que sur les lignes de front. En refusant toute pause des frappes, Moscou semble avoir choisi ce terrain-là.


