Itinérance : 318 millions de sans-abri dans le monde, et le Québec cherche encore la bonne recette
Le nombre de personnes sans abri a plus que doublé depuis la pandémie, selon l’ONU. Au Québec, 12 077 personnes vivaient l’itinérance visible au dernier recensement, et le premier ministre désigné promet de réduire le problème de moitié d’ici 2030.

Faut-il loger tout de suite chaque personne sans abri dans un vrai logement, ou miser d’abord sur l’hébergement de transition et la prévention? C’est la question que pose, au Québec comme ailleurs, une crise qui ne cesse de s’étendre.
À l’occasion de la Journée mondiale de l’itinérance, le 10 octobre, l’ONU chiffrait le phénomène à quelque 318 millions de personnes, soit plus du double d’avant la pandémie. La cause principale est connue : les loyers ont grimpé plus vite que les revenus. Même parmi ceux qui ont un toit, 44 % des ménages de la planète consacrent plus de 30 % de leur revenu au loyer.
Un engagement politique, un coût à préciser
Au Québec, le dernier recensement, en 2025, comptait 12 077 personnes en situation d’itinérance visible. Près de la moitié vivaient à Montréal, mais toutes les régions sociosanitaires en dénombraient plus d’une centaine.
Le premier ministre désigné, Paul St-Pierre Plamondon, en fait une priorité. Il promet un sommet sur l’itinérance d’ici juin 2027 et vise à réduire le problème de moitié d’ici 2030. Reste à savoir combien coûtera cet objectif aux contribuables, et quels résultats mesurables permettront de juger s’il est atteint.
D’un côté : un logement, et vite
Eric Latimer, professeur émérite de psychiatrie à McGill, plaide pour qu’on sorte au plus vite chaque personne de la rue. Il redoute qu’on s’habitue au cycle du campement l’été et de la halte-chaleur l’hiver. Sa cible est ambitieuse : au minimum, un studio équipé de sa propre cuisine et d’une vraie salle de bain. « Ça peut sembler utopique dans notre contexte, mais dans les faits, on a les moyens en tant que société », a-t-il affirmé à Radio-Canada.
Il admet toutefois que l’hébergement de transition, c’est-à-dire des centres temporaires encadrés par des intervenants, convient mieux dans certains cas, par exemple pour les femmes victimes de violence conjugale ou pour les jeunes. Il propose aussi d’accompagner davantage les locataires menacés d’éviction, pour éviter qu’ils se retrouvent à la rue.
De l’autre : un toit ne règle pas tout
Elisabeth Greissler, qui enseigne le travail social à l’Université de Montréal, met en garde contre une vision limitée à la construction. Selon elle, les difficultés surgissent souvent une fois la personne logée : sécurité, traumatismes accumulés, revenu suffisant. « L’itinérance, c’est toujours une question de logement, mais pas qu’une question de logement », résume-t-elle.
Elle reproche aussi aux gouvernements d’agir dans l’urgence et trop peu en prévention.
La question qui reste
Les deux experts insistent sur la prévention. Ce que le débat ne tranche pas encore, c’est la manière la plus efficace d’investir les fonds publics pour obtenir des résultats durables, et à quel prix.


