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Économie

Impôt foncier en Floride : DeSantis veut soulager ses résidents et faire payer les Canadiens

L’amendement n° 3, soumis aux électeurs floridiens le mois prochain, abolirait à terme l’impôt foncier des résidents permanents. Les propriétaires canadiens, eux, verraient la valeur imposable de leur maison grimper jusqu’à 5 % par année.

3 min de lecture
Le gouverneur de la Floride, Ron DeSantis, dans le comté de Lake. Photo de 2025. Photo : Office of Governor Ron DeSantis / Wikimedia Commons (domaine public)

Vous possédez un condo à Fort Myers ou une maison près de Fort Lauderdale? Votre compte de taxes pourrait grossir chaque année. L’amendement n° 3, soumis aux électeurs floridiens le mois prochain, prévoit d’augmenter jusqu’à 5 % par année la valeur imposable des résidences secondaires appartenant à des Canadiens ou à d’autres non-résidents, a rapporté Radio-Canada d’après CBC News.

Pendant ce temps, les Floridiens qui habitent leur propre maison verraient leur facture fondre.

Qui paie quoi?

Le gouverneur républicain Ron DeSantis mène depuis des années une croisade contre l’impôt foncier, qui revient selon lui à payer l’État pour avoir le privilège d’utiliser sa propre propriété. Sa proposition est simple pour les résidents permanents : une résidence principale évaluée à 250 000 dollars américains ou moins ne paierait plus rien, et les maisons de plus grande valeur verraient leur impôt réduit. À terme, l’impôt foncier disparaîtrait complètement pour eux.

Sur le principe, l’idée a de quoi plaire à quiconque trouve que l’État prélève trop. Mais une baisse d’impôt financée en partie par des gens qui n’ont pas le droit de vote, est-ce encore une baisse d’impôt? Ou simplement une facture refilée au voisin?

Combien ça coûte?

Les économistes de Floride évaluent le coût des mesures fiscales de M. DeSantis à environ 12 milliards de dollars américains par an. Cet argent devra venir de quelque part : des communautés locales pourraient devoir sabrer leurs budgets, trouver d’autres revenus, ou les deux.

Le gouverneur ne cache pas où il compte en puiser une partie. « Je veux que les touristes canadiens et brésiliens subventionnent l’État et permettent ainsi aux résidents de Floride de payer moins d’impôts », avait-il déclaré l’an dernier en conférence de presse. Il avait ajouté : « Je ne veux pas accorder de réduction d’impôt aux Canadiens. »

L’enjeu n’est pas mince. Selon la consule générale du Canada à Miami, Sylvia Cesaratto, les Canadiens possèdent pour 60 milliards de dollars américains de biens immobiliers en Floride.

Les effets pervers

Pour être adopté, l’amendement constitutionnel doit obtenir au moins 60 % des voix. Un sondage récent laisse croire que le seuil pourrait être franchi.

Le groupe Vote No on 3 prévient que la mesure pourrait se retourner contre l’économie locale. Sa porte-parole, Edie Ousley, craint de nouveaux chocs sur le marché immobilier si des propriétaires canadiens se mettent à vendre. Elle rappelle que les petites entreprises qui vivent des hivernants souffrent déjà de la baisse du nombre de visiteurs, les Canadiens étant de loin la première source de touristes étrangers en Floride. « Tout le monde sera perdant avec ces compressions budgétaires », a-t-elle déclaré.

Sur le terrain, certains ont déjà tranché. Glenn McGill, de Wiarton, en Ontario, passe l’hiver à North Fort Myers depuis 15 ans. Lui et sa femme ont mis leur maison en vente. « Ceux qui sont aisés s’en moquent complètement, mais nous ne sommes pas riches », a-t-il expliqué. « Nous ne sommes pas fauchés, nous pouvons nous permettre de vivre en Floride sans problème, mais commencer à payer des impôts supplémentaires… ça ferait mal. »

Le hic : le marché est plutôt stagnant, constate-t-il. La maison est à vendre, mais elle n’est pas vendue.

D’autres hivernants canadiens cités par CBC News ont déjà quitté la Floride, l’une d’elles pour le Mexique. Une leçon que les gouvernements d’ici connaissent bien : l’argent mobile finit toujours par aller là où on le traite le mieux.

Reste à savoir combien de temps tient une taxe conçue pour faire payer les autres, quand ces autres peuvent vendre et partir.

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