Immigrants, médecins, soins loin de chez soi : ce que les partis promettent aux régions
La part des immigrants qui s’installent hors de Montréal a plus que doublé en cinq ans. Les partis s’affrontent sur les seuils d’immigration, la formation de médecins en région et l’aide aux patients forcés de voyager pour être soignés.

Hors des grands centres, la campagne se mesure en kilomètres : ceux qu’un patient parcourt pour voir un spécialiste, ceux qu’un nouvel arrivant franchit pour occuper un emploi en région, ceux qu’un producteur fait pour écouler sa récolte.
Au dernier débat des chefs, Christine Fréchette a vanté la hausse de la part des immigrants qui s’installent en région. Les données de l’Institut de la statistique du Québec, vérifiées par La Presse, lui donnent raison sur la tendance : de juillet 2019 à juin 2020, 16 % des immigrants se sont installés hors de la région de Montréal; en 2025, cette part atteignait 35 %.
Combien d’immigrants?
Le Québec a accueilli l’an dernier 60 000 immigrants permanents, rappelle Radio-Canada. Les partis proposent des seuils très différents. La CAQ veut en accueillir 45 000 par année jusqu’en 2029. Le Parti québécois fixe un maximum de 35 000. Le Parti libéral vise entre 45 000 et 70 000, et Québec solidaire, 70 000. Le Parti conservateur veut surtout réduire l’immigration temporaire.
Sur le terrain, les entreprises agricoles en dépendent. À Rougemont, le producteur Robert Beauregard emploie une vingtaine de personnes, dont une majorité de travailleurs immigrants. Mais ce qui l’inquiète d’abord, c’est la guerre commerciale. « On cultive beaucoup de légumes pour l’exportation et ça fait deux ans que c’est tombé à zéro », a-t-il confié à Radio-Canada. « Ce n’est plus viable. »
Des médecins formés en région
Le manque de médecins se fait sentir d’abord loin des centres. La CAQ promet de former 200 médecins de famille de plus en région chaque année. Le Parti québécois permettrait l’ouverture de programmes de médecine dans les universités en région. Le Parti conservateur appuie la création d’une faculté de médecine à l’Université du Québec et formerait 500 médecins et 1500 infirmières de plus par année.
Le PQ doublerait aussi le budget de l’aide financière aux patients contraints de se déplacer hors de leur région pour recevoir des soins. En Outaouais, où le personnel de santé est attiré par l’Ontario voisine, le Parti libéral alignerait les salaires sur ceux de l’autre côté de la rivière.
Décider en région
Le Parti conservateur promet 17 tables régionales décisionnelles, auxquelles il inviterait les nations autochtones. Il réviserait le régime forestier en harmonisant la réglementation à l’échelle régionale. Il veut aussi exploiter le gaz naturel québécois : selon lui, la majorité du gaz consommé au Québec transite par les États-Unis ou en provient, « alors que nous avons une importante réserve non exploitée sous nos pieds », plaide Éric Duhaime.
L’enjeu de la relève
Pour les régions, la question n’est pas seulement combien de nouveaux arrivants viendront, mais combien resteront, et s’ils trouveront un médecin, une école et un logement en arrivant. Le prochain gouvernement héritera d’une tendance favorable. Il devra prouver qu’il peut la soutenir.


