IA aux Communes : un comité étudiera ses risques, alors que 20 % des mots des débats en viendraient
Le Comité de la procédure et des affaires de la Chambre lance cette semaine une étude sur l’intelligence artificielle au Parlement. Les députés l’utilisent déjà, chacun à sa manière.

Qui écrit les discours de vos députés? De plus en plus souvent, en partie du moins, un logiciel d’intelligence artificielle (IA). Selon une analyse du magazine The Economist citée par La Presse, 20 % des mots prononcés lors des débats aux Communes ont été rédigés à l’aide de l’IA.
C’est dans ce contexte qu’un comité de la Chambre des communes amorce cette semaine une étude sur les possibilités et les risques de cette technologie pour les institutions démocratiques du pays, a rapporté La Presse.
Qu’est-ce que le comité va étudier?
Le Comité permanent de la procédure et des affaires de la Chambre, qui s’occupe des règles de fonctionnement du Parlement, se penchera sur « les possibilités, les risques et les répercussions institutionnelles découlant de l’intelligence artificielle » pour le travail des élus. Il examinera aussi la capacité de surveillance du Parlement et l’intégrité des élections fédérales, en s’inspirant d’autres parlements, dont ceux qui suivent le modèle britannique de Westminster.
Les membres du comité ont adopté la motion lors d’une rencontre à huis clos, c’est-à-dire fermée au public, le 24 septembre. Au moins quatre réunions seront consacrées à l’étude. Le comité fera ensuite rapport à la Chambre et demandera au gouvernement d’y répondre.
« C’est une des rares études dont je ne connais pas déjà l’orientation », a écrit le président du comité, le libéral Chris Bittle, dans un courriel. « Il semble y avoir de l’intérêt de tous les partis dans cette étude », a-t-il ajouté.
Comment les députés s’en servent-ils?
La Presse a joint par courriel plus d’une centaine de députés du Québec, de l’Atlantique et de l’Ontario. La majorité des réponses venaient de libéraux québécois; aucun bloquiste n’a répondu. Ceux qui utilisent l’IA nomment surtout ChatGPT, Claude et Copilot.
Les usages varient beaucoup. Le libéral d’Honoré-Mercier, Éric St-Pierre, dit se servir de ChatGPT « très rarement », mais le trouve utile pour un discours de dernière minute en Chambre. Le député de l’Île-du-Prince-Édouard Robert Morrissey, lui, n’utilise aucun outil d’IA : ses interventions sont rédigées sur « papier » ou par « courriel », selon son bureau. Un autre élu a terminé sa réponse par cet aveu : « Merci pour votre question. Ce message a été créer [sic] en 15 secondes par ChatGPT ».
Le bureau du conservateur Roman Baber assure que celui-ci n’a jamais eu recours à l’IA pour ses discours, tout en défendant la liberté de ses collègues : « Cela ne signifie pas pour autant que d’autres ne devraient pas utiliser cette technologie comme bon leur semble. »
Les partis n’ont pas tous les mêmes règles. La Presse avait déjà révélé que le Bloc québécois avait les plus strictes du Parlement, ce qui n’a pas empêché un de ses députés d’utiliser l’IA à répétition dans de longs discours. Le président de la Chambre, Francis Scarpaleggia, refuse de commenter : selon son porte-parole, l’usage de l’IA relève de chaque député.
Pourquoi c’est important?
La lourde charge de travail des élus et les délais serrés les poussent vers ces outils, constate La Presse. Le premier ministre Mark Carney a d’ailleurs fait de l’IA une priorité pour accroître la productivité du gouvernement fédéral. Il a annoncé vendredi un conseil consultatif qui recommandera notamment comment accélérer l’adoption de l’IA par l’État. Parmi ses membres figurent le chercheur Yoshua Bengio, l’ex-conseillère à la sécurité nationale Jody Thomas, l’ancien PDG de la Banque Nationale Louis Vachon et l’ex-dirigeant de Google Patrick Pichette.
Et maintenant?
Le comité doit trouver un équilibre délicat. Un outil qui fait gagner du temps aux élus et à leur personnel peut rendre le Parlement plus efficace pour les contribuables qui le financent. Mais un député demeure responsable de chaque mot qu’il prononce, quel que soit l’outil qui l’a aidé à l’écrire.
À retenir : l’IA est déjà bien installée aux Communes, et les élus commencent à peine à se demander selon quelles règles.


