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Opinion
Chroniqueur anonyme

Huîtres décimées, écloserie en attente depuis 15 mois : Québec doit répondre aux ostréiculteurs des Îles

Un ostréiculteur madelinot a perdu près de la moitié de son cheptel. Il attend depuis plus de 15 mois les autorisations pour produire lui-même ses jeunes huîtres. À quoi sert l’État quand l’entrepreneur est à terre?

2 min de lecture
Photo d’illustration. Photo : Laura Stanley / Pexels

Aux Îles-de-la-Madeleine, il y a des gens qui élèvent des huîtres. Ils se lèvent tôt, ils trient, ils jettent, ils recommencent. Et pendant qu’ils se battent contre deux maladies qui frappent l’est du pays depuis l’été 2024, il y a un dossier qui dort sur un bureau. Ça fait plus de 15 mois.

Le dossier, c’est celui d’Alexandre Brazeau, directeur des opérations des Huîtres Old Harry. Selon ce que rapporte Le Soleil, il a perdu 45 % de ses plus de neuf millions d’huîtres. Les pertes dépassent le million de dollars. « C’est désastreux, on ne va pas se le cacher », dit-il. Pire encore : des millions de jeunes huîtres qui devaient grandir avant d’être vendues sont mortes, ce qui compromet les récoltes à venir.

Le remède existe, il attend un tampon

M. Brazeau a une solution, et elle ne coûte pas un sou aux contribuables : une écloserie, où il produirait lui-même ses jeunes huîtres. Il dépendrait moins des fournisseurs des autres provinces. Il réduirait aussi les déplacements d’huîtres, qui sont, souligne l’article, souvent en cause dans la propagation des parasites.

Voilà un détail qui devrait faire réfléchir. L’Agence canadienne d’inspection des aliments encadre depuis un an les déplacements d’huîtres et de naissain pour freiner la contagion. Autrement dit, l’État veut qu’on bouge moins de coquillages, et en même temps il fait attendre l’homme qui propose de les produire sur place. Qui, au juste, coordonne tout ça?

M. Brazeau, lui, a son idée. Il dénonce le manque de soutien du MAPAQ et des obstacles administratifs. « Trop de règlements, trop de bureaucratie, ça finit plus », dit-il. Il affirme avoir dépensé des dizaines de milliers de dollars en démarches et en études, sans obtenir les autorisations environnementales. Dans le meilleur des cas, il espère du naissain d’ici la fin de 2027, et des stocks en 2028. Voilà ce que coûte un permis qui tarde : des années de production, et un entrepreneur qui doit se demander s’il survivra jusque-là. Les sources consultées ne rapportent pas de réponse du ministère.

Les régions produisent, Québec tamponne

L’ostréiculture, rappelle M. Brazeau, est une chance de diversifier une économie maritime très dépendante de la pêche. Elle peut aussi ouvrir la porte à de jeunes entrepreneurs, sans qu’ils doivent acheter de coûteux permis de pêche. Autrement dit, elle fait ce que les programmes gouvernementaux promettent chaque année en communiqué : de la relève, de la diversification, de l’emploi en région.

On aura beau jeu de me répondre que les règles environnementales existent pour une raison. Soit. Je ne demande pas qu’on les abolisse; je demande qu’on y réponde. Un oui, un non, un échéancier. Quinze mois sans réponse claire, c’est long pour n’importe quel entrepreneur de n’importe quelle région.

On parle beaucoup de la « crise ostréicole ». On devrait aussi parler de la crise des guichets. Les parasites, on ne peut pas les empêcher d’exister. Les délais, si.

Alors, ministres, fonctionnaires, comités : si l’État est là pour accompagner ceux qui produisent, il n’a qu’à le démontrer. Les huîtres d’ici n’attendront pas éternellement. Les gens qui les élèvent non plus.

Les textes d’opinion n’engagent que leurs auteurs.

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