Houthis : nouvelles frappes contre l’Arabie saoudite, Ottawa déconseille l’aéroport de Riyad
Au lendemain de l’attaque la plus meurtrière dans le royaume en dix ans, les rebelles yéménites revendiquent des frappes contre des aéroports et des installations d’Aramco. Le Canada appelle ses ressortissants à la prudence.

Les houthis du Yémen ont revendiqué dimanche une nouvelle série de frappes contre l’Arabie saoudite, visant à la fois ses aéroports et ses installations énergétiques. La veille, une attaque contre l’aéroport international de Riyad avait tué 13 personnes et en avait blessé 309, d’après un bilan encore provisoire rapporté par La Presse : aucune attaque n’avait été aussi meurtrière dans le royaume depuis une décennie.
Le mouvement pro-iranien affirme avoir mené « quatre opérations d’envergure au cours des dernières 24 heures, utilisant des missiles balistiques, des missiles de croisière et des drones ». L’aéroport de la capitale aurait été visé « en trois phases » à partir de vendredi soir. Les houthis disent aussi avoir frappé deux sites du géant de l’énergie Aramco, dans l’est du pays, soit une raffinerie située à Tanajib et le site gazier de Shugadam, de même que l’aéroport international de Dammam.
Les autorités saoudiennes ont confirmé dimanche qu’un « projectile non identifié » avait déclenché un incendie au terminal 4 de l’aéroport de Riyad, faisant plusieurs blessés. Les vols y sont suspendus jusqu’à nouvel ordre depuis samedi, selon une source du secteur aérien. À Dammam, de nombreux départs et arrivées ont été retardés, et l’Autorité saoudienne de l’aviation civile a signalé en soirée une nouvelle frappe, dont les dommages restaient à évaluer. La coalition dit ensuite avoir intercepté et détruit un drone dans l’est du royaume.
Un bilan qui s’alourdit
Les autorités saoudiennes avaient d’abord dénombré 12 morts, dont quatre Saoudiens et deux Bangladais; les autres victimes venaient des États-Unis, d’Égypte, d’Argentine, de Syrie, de Palestine et du Soudan. Dimanche, New Delhi a fait savoir, par son ambassade, qu’un ressortissant indien avait succombé à ses blessures. Des frappes revendiquées mercredi et jeudi contre le même aéroport avaient déjà fait six morts au total.
Il faut remonter à août 2015, et à un attentat suicide du groupe État islamique qui avait tué 15 personnes, pour trouver une attaque plus meurtrière dans le royaume. La coalition menée par Riyad y voit « un crime de guerre » et promet de répliquer « avec fermeté ». L’ONU, Paris, Londres, Berlin et Washington ont condamné l’attaque. Ursula von der Leyen, à la tête de la Commission européenne, y a vu une « escalade dangereuse ». Malgré leurs différends avec Riyad, notamment au sujet du Yémen, les Émirats arabes unis ont exprimé leur solidarité.
Une guerre qui change d’échelle
La guerre au Yémen oppose depuis 2014 les houthis aux forces gouvernementales, que soutient militairement depuis 2015 une coalition dirigée par l’Arabie saoudite. Jamais, depuis, la capitale saoudienne n’avait été visée avec une telle ampleur.
Au Yémen même, les combats se poursuivent depuis l’offensive éclair de septembre, qui a permis aux houthis de s’emparer du détroit de Bab el-Mandeb, sur la mer Rouge. Selon des sources militaires gouvernementales citées par l’AFP, les forces yéménites ont gagné du terrain près du détroit, mais n’en ont pas pris le contrôle. Du côté houthi, un responsable affirme que le mouvement garde l’île de Mayyoun, au centre du passage. Les houthis dénoncent pour leur part 124 frappes aériennes saoudiennes depuis samedi, notamment sur Sanaa, la capitale qu’ils contrôlent.
Pour les marchés de l’énergie, la géographie de ce conflit pèse autant que ses bilans. Le passage de Bab el-Mandeb pèse plus lourd depuis que l’Iran limite la circulation des navires à Ormuz, sur l’autre flanc de la péninsule. S’y ajoutent maintenant des installations d’Aramco revendiquées comme cibles.
Le moment est aussi délicat pour le royaume : avec la fin des chaleurs, octobre ouvre généralement la haute saison de la Omra, un pèlerinage qui attire des millions de musulmans du monde entier. Les houthis ont réitéré dimanche que les aéroports saoudiens n’étaient « pas sûrs, à l’exception » de ceux de La Mecque et de Médine.
Ottawa appelle à la prudence
L’ambassade du Canada à Riyad demeure ouverte pour les citoyens qui ont besoin d’aide consulaire. Dans une vidéo diffusée dimanche, l’ambassadeur Jean-Philippe Linteau a demandé à quiconque tomberait sur des débris militaires dans la capitale de s’en éloigner, d’alerter les autorités et de s’abstenir d’en parler sur les réseaux sociaux.
Ottawa recommande d’éviter tout voyage non essentiel en Arabie saoudite, et tout déplacement vers l’aéroport international de Riyad. Samedi soir, le premier ministre Mark Carney a jugé « abjectes » et injustifiées ces attaques contre des infrastructures civiles, et offert ses condoléances aux familles des victimes.
Onze ans après l’entrée en guerre de la coalition saoudienne au Yémen, c’est désormais le cœur du royaume qui se retrouve sur la ligne de feu.


