Hockey Canada écarté du conseil de la IIHF, une première depuis 1998, et la Russie y gagne des alliés
La PDG de Hockey Canada, Katherine Henderson, a été battue à l’élection du conseil de la Fédération internationale de hockey sur glace. Une défaite liée, selon le chroniqueur Martin Leclerc, à la bataille judiciaire menée par la fédération canadienne contre la IIHF.

Vingt-trois virgule zéro huit. C’est le pourcentage d’appuis obtenu au second tour par Katherine Henderson, PDG de Hockey Canada, avant d’être rayée du bulletin de vote à l’élection du conseil de la Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF).
Résultat : pour la première fois depuis 1998, le Canada n’a plus de siège à la table qui décide du hockey international, a rapporté le chroniqueur Martin Leclerc, de Radio-Canada.
Une élection qui devait être facile
Les statuts de la IIHF exigent qu’au moins trois femmes siègent au conseil. La Sud-Coréenne Susie Jo ayant été élue vice-présidente pour l’Asie, il restait au minimum deux postes féminins à pourvoir. Sur papier, une formalité pour la représentante du pays qui compte le plus grand bassin de hockeyeurs au monde.
Sur la glace, c’est une autre histoire. Henderson a obtenu 35,04 % des voix au premier tour, bonne pour le quatrième rang seulement. Puis 23,08 % au second. Éliminée. Quatre femmes, de la Hongrie, de la Pologne, de la Corée du Sud et de la Turquie, siégeront au conseil.
Le prix d’une bataille de chandails
Pourquoi un tel camouflet? Leclerc pointe la poursuite lancée ces derniers mois par Hockey Canada, avec l’appui de USA Hockey, devant les tribunaux suisses. Le but : bloquer un contrat entre la IIHF et l’équipementier canadien True pour fabriquer et vendre les chandails des compétitions internationales, une entente évaluée à près de 100 millions de dollars.
Hockey Canada voulait ainsi protéger le contrat qu’il avait lui-même signé avec Bauer. Le tribunal de commerce de Zurich lui a donné tort. Mais la manœuvre devrait retarder d’un an l’entrée en vigueur du contrat avec True et priver la IIHF de plus de 10 millions, selon les estimations rapportées par Leclerc.
Autrement dit, une fédération a utilisé les tribunaux pour freiner la concurrence entre deux fournisseurs. Elle a perdu en cour, puis aux urnes. Pour le chroniqueur, l’affaire soulève de sérieuses questions sur la gouvernance de Hockey Canada.
Un vote serré à la présidence
Le reste du scrutin était suivi de près pour des raisons géopolitiques. Les équipes russes sont exclues des compétitions internationales depuis l’invasion de l’Ukraine, au début de 2022. En coulisses, la Russie multipliait les efforts pour faire élire des alliés, selon Leclerc.
Au premier tour de la présidence, le Tchèque Petr Briza menait avec 48 voix, devant l’Allemand Franz Reindl (36) et le Kirghize Aivaz Omorkanov (33). Au second tour, les votes d’Omorkanov se sont surtout reportés sur Reindl, élu par 60 voix contre 57. Reindl avait l’appui ouvert de l’ancien président René Fasel, que Leclerc qualifie de clairement pro-russe. Briza, candidat de la continuité avec la présidence de Luc Tardif, a toutefois été réélu vice-président exécutif.
Le Slovaque Igor Nemecek, décrit comme pro-russe, a obtenu la vice-présidence pour l’Europe. Le Suédois Anders Larsson, le Bélarusse Sergei Goncharov, le Bulgare Stoian Batchvarov et Omorkanov ont aussi été élus. Le directeur général de la fédération russe, Dmitry Kurbatov, est passé tout près d’être élu administrateur.
Le décompte de Leclerc : au moins 6 des 15 sièges sont maintenant occupés par des dirigeants qu’on peut présumer favorables à un retour de la Russie.
La suite
La prochaine bataille se jouera à domicile. Les élections du conseil d’administration de Hockey Canada sont prévues au début de décembre. On verra alors si les membres demandent des comptes pour cette défaite coûteuse.


