Haïti reporte ses élections sine die : moins de 800 000 inscrits et une force antigang à 1500 soldats
Le scrutin prévu le 13 décembre n’aura pas lieu à la date annoncée. Sans élections depuis 2016, Haïti reste prisonnier des gangs, alors que la force internationale censée les combattre n’a déployé qu’une fraction de ses effectifs.

Les autorités électorales haïtiennes ont reporté sans nouvelle date les élections présidentielle et législatives, dont le premier tour devait se tenir le 13 décembre, a annoncé mardi le Conseil électoral provisoire, selon l’Agence France-Presse. Le report prive une fois de plus d’un vote un pays qui n’a pas élu ses dirigeants depuis dix ans.
Le calendrier publié à la fin de juillet prévoyait un second tour le 21 février 2027. Dans son communiqué, le Conseil indique seulement que « la période initialement fixée pour le déroulement de la campagne électorale est reportée » et que le nouveau calendrier « sera rendu public dans les meilleurs délais ». Il devra tenir compte, précise-t-il, des exigences techniques et opérationnelles du processus. « On est en train de travailler sur un autre calendrier », a confié à l’AFP un membre du Conseil, sous le couvert de l’anonymat.
Un État sans tête depuis 2021
La dernière élection haïtienne remonte à 2016. Le dernier président, assassiné en 2021, n’a jamais été remplacé. Depuis, le pays le plus pauvre des Amériques s’enfonce dans une crise à la fois politique, économique et sécuritaire, que l’essor des gangs a considérablement aggravée : meurtres, enlèvements, viols et recrutement d’enfants, rapportent La Presse et Le Devoir.
Les chiffres donnent la mesure du désastre. Sur environ 11 millions d’habitants, près de 1,5 million ont été déplacés par les violences, selon l’Organisation internationale pour les migrations, qui souligne que les attaques débordent largement la capitale, Port-au-Prince. Au moins 5700 personnes ont été tuées ou blessées depuis le début de l’année, a alerté au début d’octobre Volker Türk, haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme.
Voter, mais où?
L’insécurité rend l’exercice électoral presque impossible. Plusieurs communes échappent au contrôle des autorités et n’ont aucun centre d’inscription. Résultat : moins de 800 000 électeurs se sont inscrits, sur environ 7 millions d’habitants en âge de voter, selon le Conseil électoral provisoire. La fermeture de nombreuses routes, sous la menace des gangs, empêche en outre l’acheminement du matériel électoral dans plusieurs régions.
Dans les rues de la capitale, le scepticisme domine. « Je n’avais pas de grands espoirs d’aller voter cette année », a confié à l’AFP Davidson Jean Baptiste, chauffeur de taxi-moto. D’autres gardent espoir : une couturière rencontrée dans un centre d’inscription de Delmas, Claudette Piard, a dit vouloir « enfin voter pour un gouvernement qui apportera des solutions ».
Une force internationale au quart de sa taille
La communauté internationale mise sur une Force de répression des gangs, soutenue par l’ONU, pour épauler une police locale dépassée. Sur papier, elle devait compter 5500 membres en uniforme et 50 civils. Sur le terrain, seuls 1500 militaires sont actuellement déployés, selon l’ambassadeur des États-Unis à l’ONU, Mike Waltz.
L’écart pose une question que les pays contributeurs ne peuvent éluder : celle de l’efficacité d’une mission dont l’effectif réel ne représente qu’une fraction de ce qui avait été promis. Une force sous-dimensionnée ne peut ni reprendre le territoire ni protéger des bureaux de vote, et chaque mois de retard repousse d’autant la perspective d’un gouvernement légitime capable de rétablir l’ordre et d’attirer l’investissement.
Les scénarios
Tant que le Conseil électoral n’aura pas publié de nouveau calendrier, toute date demeure hypothétique. Le scénario le plus plausible, au vu des sources, est celui d’un report lié au déploiement de la force antigang et à la reprise du contrôle des routes et des communes.
L’histoire haïtienne a souvent vu des transitions s’éterniser faute de sécurité. Une décennie sans scrutin en est la démonstration la plus récente : sans ordre public, la démocratie reste une promesse inscrite au calendrier, puis effacée.


