Haïti : au moins 5700 morts ou blessés dans les violences des gangs depuis janvier, selon l’ONU
Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk, dénonce aussi plus de 230 enlèvements et plus de 1000 viols. La force internationale contre les gangs ne compte encore que 1500 militaires sur les 5500 prévus.

Au moins 5700 personnes ont été tuées ou blessées en Haïti depuis le début de l’année, dans des violences commises par les gangs ou lors d’opérations menées contre eux. Le bilan a été présenté vendredi à Genève par le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk, devant le Conseil des droits de l’homme, a rapporté La Presse.
« Du 1er janvier au 11 septembre, mon bureau a recensé au moins 5700 personnes tuées ou blessées par des gangs ou lors d’opérations menées contre eux. Les gangs ont également enlevé plus de 230 personnes et violé plus de 1000 femmes et filles », a-t-il déclaré. Les chiffres réels sont « probablement bien plus élevés », a-t-il ajouté.
Un pays de la Francophonie en crise prolongée
Pays le plus pauvre des Amériques, Haïti vit depuis longtemps une crise à la fois politique, économique et sécuritaire. La situation s’est fortement aggravée ces dernières années : meurtres, enlèvements, viols et recrutement d’enfants par les gangs se sont multipliés.
Les efforts pour contenir ces groupes donnent des résultats limités. « Malgré quelques succès dans le confinement de leurs activités dans certaines zones de la capitale, Port-au-Prince, les gangs continuent de s’adapter et de s’étendre, réapparaissant dans de nouvelles zones », a expliqué M. Türk. Il cite notamment les départements de l’Ouest et du Sud-Est.
Des dérives de tous les côtés
Le Haut-Commissaire n’a pas visé que les gangs. Il a dénoncé un « recours excessif et disproportionné à la force » de la part des représentants de l’ordre. Il a aussi pointé des « exécutions sommaires », c’est-à-dire des mises à mort sans procès, attribuées à « des groupes dits d’autodéfense ». Ces groupes auraient tué ou blessé quelque 280 personnes depuis janvier, selon lui.
M. Türk s’en est également pris à « une poignée d’individus puissants » qui, selon lui, profitent de la colère de la population et de la faiblesse de l’État pour servir leurs propres intérêts. « Ces acteurs disposent de stratégies et de moyens considérables », a-t-il soutenu, en appelant à étendre les sanctions à « tous ceux qui tirent les ficelles dans l’ombre des réseaux criminels et en tirent profit ».
Une force internationale loin de son effectif
Mardi, le Conseil de sécurité de l’ONU a prolongé de six mois, jusqu’au 31 mars 2027, le mandat de la Force de répression des gangs (FRG). Lancée en avril, cette force réunit notamment des militaires du Salvador, du Guatemala, de la Jamaïque, de la Mongolie, du Tchad et du Sri Lanka. D’autres pays devraient s’y joindre.
Le compte n’y est pas. La force devait atteindre entre avril et octobre un effectif de 5500 personnels en uniforme et 50 civils. Or, selon l’ambassadeur des États-Unis à l’ONU, Mike Waltz, seuls « 1500 militaires » sont actuellement déployés, et « 4000 autres » devraient arriver « dans les prochains mois ».
La résolution du Conseil de sécurité insiste aussi sur la protection des enfants recrutés par les gangs et sur la tenue d’élections.
Ce que montrent les résultats
Le constat de l’ONU est double : la répression seule n’a pas encore fait reculer les gangs, et les forces censées les combattre commettent elles-mêmes des abus. M. Türk réclame un « déploiement complet et accéléré, assorti de garanties fermes en matière de droits de la personne ».
La leçon vaut pour tous les pays qui financent ou soutiennent ces missions, dont ceux de la Francophonie : sans sécurité rétablie, l’objectif d’élections « libres et équitables » en Haïti restera hors d’atteinte.


