Guerre commerciale : le CCA dit que l'incertitude freine les investissements
Des droits de douane américains de 50 % frappent 28 milliards de dollars de produits canadiens. Le Conseil canadien des affaires affirme que l'incertitude commerciale freine les investissements des deux côtés de la frontière, et réclame une reprise rapide des négociations.

Des droits de douane américains de 50 % frappent désormais 28 milliards de dollars de produits canadiens, rapporte La Presse. Un droit de douane est une taxe prélevée à la frontière sur les marchandises importées : il rend le produit plus cher pour l'acheteur. Ottawa a répliqué par des droits équivalents, au dollar près, sur plus de 700 produits américains, dont l'acier, les produits laitiers, les électroménagers et les meubles.
Le Conseil canadien des affaires (CCA), voix du monde des affaires, estime que l'incertitude commerciale freine l'investissement des deux côtés de la frontière. Son président et directeur général, Goldy Hyder, l'a exposé mercredi devant un comité parlementaire : les entreprises montrent « une certaine hésitation à déployer des capitaux ». Investir, c'est engager de l'argent dans une usine, des équipements ou un agrandissement en pariant sur des revenus futurs. Quand l'avenir paraît flou, ce pari devient plus risqué, et certains projets sont mis sur la glace.
M. Hyder affirme que des entreprises ont déjà mis le holà à des projets d'investissement au pays ces derniers mois, parce que l'avenir de l'Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), le traité de libre-échange qui réduit les barrières douanières entre les trois pays, reste incertain. Il n'a toutefois donné aucun exemple précis. Le CCA plaide pour une reprise des négociations entre Ottawa et Washington, et veut que le Canada diversifie ses marchés sans avoir à choisir entre son voisin et le reste du monde.
La rupture remonte à la fin d'août. Mark Carney a mis fin à des semaines de négociations avec les États-Unis, après que l'administration Trump eut ajouté des demandes de dernière minute qu'il jugeait inacceptables. Ces demandes auraient mis en cause la souveraineté du Canada : Washington aurait voulu maintenir des droits trop élevés pour l'industrie automobile, exiger un droit de regard sur les ententes commerciales que le Canada conclut avec d'autres pays, et obtenir des concessions qui auraient affaibli les lois protégeant la langue française. Avant cette nouvelle salve, Washington avait déjà imposé des droits sectoriels de 50 % sur l'aluminium, l'acier et le cuivre, ainsi que des surtaxes totalisant 45 % sur le bois d'œuvre. Une surtaxe s'ajoute au droit normal.
Le tableau reste flou : le CCA dit que des projets sont mis sur la glace, mais il n'en nomme aucun.
À surveiller
Le CCA demande la reprise des négociations entre Ottawa et Washington. Washington maintient ses droits de 50 % et Ottawa, sa riposte. Le prochain signal sera donc la reprise, ou non, de ces pourparlers : c'est là que se jouera la question de savoir si l'hésitation des entreprises se transforme en recul des investissements.


