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Guerre commerciale : l’alcool canadien banni aux États-Unis, une escalade de plus

Depuis mardi, les boissons alcoolisées canadiennes en bouteille sont interdites chez nos voisins. Un marché de 1,2 milliard s’évapore, et la renégociation de l’ACEUM s’éloigne.

Par Équipe internationale de L’Authentique Presse 3 min de lecture
Le whisky canadien figure parmi les produits visés. Photo : Chris Woodrich / Wikimedia Commons (CC BY 4.0)

Depuis mardi, les États-Unis interdisent l’importation de certains produits canadiens, dont les boissons alcoolisées, a rapporté Radio-Canada. C’est une nouvelle escalade dans le conflit commercial entre les deux voisins, et un marché de choix qui disparaît pour les producteurs d’ici.

L’enjeu n’est pas mince. « Il y a 1,2 milliard de dollars d’alcool qui est exporté depuis le Canada vers les États-Unis », explique Bruno Gervès, consultant chez Caudalys. Plus de 70 % de ces exportations sont des spiritueux, c’est-à-dire des alcools forts. « Les plus touchés seront les whiskys canadiens », précise-t-il.

Le contexte

Cette interdiction s’ajoute à une série de mesures américaines. Selon une analyse de la firme Capital Economics rapportée par La Presse, Washington a récemment imposé de nouveaux droits de douane en vertu de l’article 338, une disposition commerciale américaine qui permet de frapper des produits étrangers, ainsi que des interdictions visant des produits canadiens.

Les tensions se font sentir jusque dans le quotidien des communautés frontalières. Le Devoir rapporte que les États-Unis ont bloqué un camion de vivres destiné à une île du Nouveau-Brunswick dont le seul accès terrestre est un pont menant à la ville de Lubec, dans le Maine.

Au même moment, les ministres du Commerce du G20, le groupe des principales économies du monde, sont réunis aux États-Unis. Les analystes s’attendent à ce que la rencontre « accouche d’une souris », alors que la menace de tarifs supplémentaires plane, selon Le Devoir.

Qui gagne, qui perd

Les premiers perdants sont les distillateurs canadiens, privés de leur principal marché étranger pour les produits embouteillés. L’interdiction crée aussi des casse-têtes logistiques : en raison de la proximité de la frontière, de la bière canadienne est embouteillée dans de grandes villes américaines, souligne Bruno Gervès.

Il y a toutefois une brèche. L’interdiction ne vise que les produits déjà mis en bouteille. « Il y a un certain nombre de brasseries qui vont exporter en vrac. Donc, si le contenant est supérieur à quatre litres, ça passe sans aucune interdiction », explique le consultant. Une échappatoire qui pourrait profiter aux plus gros producteurs, capables d’expédier leurs produits en grandes quantités.

Ce que ça change pour le Canada et le Québec

Sur le plan macroéconomique, Capital Economics estime que ces nouveaux droits et interdictions ne devraient pas avoir d’impact significatif sur l’ensemble de l’économie canadienne. Le danger est ailleurs : selon la firme, l’escalade risque de retarder toute renégociation durable de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), le traité de libre-échange qui encadre l’essentiel du commerce nord-américain.

Or, cette incertitude pèse déjà. Toujours selon Capital Economics, les droits de douane américains et l’incertitude commerciale figurent parmi les principaux freins qui limiteront la croissance canadienne l’an prochain, prévue à seulement 1,5 %.

Pour les entreprises québécoises qui exportent vers le sud, le message est clair : la liste des produits visés peut s’allonger sans préavis. D’autres menaces planent d’ailleurs, comme une possible interdiction américaine des exportations de diesel, que Donald Trump dit évaluer « très sérieusement », selon La Presse.

La riposte canadienne : diversifier

Ottawa, de son côté, mise sur la diversification. Aujourd’hui, 90 % du pétrole albertain prend le chemin des États-Unis. C’est en réaction à la guerre commerciale que le gouvernement Carney veut diversifier ses marchés d’exportation, rappelle La Presse : jeudi, il a désigné projet d’intérêt national l’oléoduc Pacific Link, qui doit acheminer plus d’un million de barils par jour vers un port de la Colombie-Britannique, pour exporter vers l’Asie.

L’Europe tend aussi la main. Selon le député européen Sandro Gozi, cité par Radio-Canada, l’Union européenne cherche à développer des partenariats privilégiés avec d’autres pays, comme le Canada, face aux pressions et à la concurrence des États-Unis et de la Chine.

Sur le diesel, Ottawa se veut rassurant : le Canada produit actuellement autant ou plus de diesel qu’il n’en consomme, affirme le ministère des Ressources naturelles, qui a déjà suspendu la taxe fédérale d’accise sur les carburants jusqu’à la fin de janvier 2027.

Les scénarios

Les analystes cités par Le Devoir ne s’attendent à aucune percée au G20, et la menace de nouveaux tarifs reste entière. À plus long terme, tout se jouera autour de la renégociation de l’ACEUM, dont Capital Economics craint justement qu’elle soit retardée par cette nouvelle escalade.

D’ici là, les producteurs canadiens devront chercher d’autres marchés, ou miser sur le vrac. Une chose est sûre : dans ce conflit, même un verre de whisky est devenu une arme commerciale.

Équipe internationale de L’Authentique Presse L’équipe internationale suit la planète avec une question en tête : qu’est-ce que ça change pour le Canada et le Québec?
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