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Opinion
Chroniqueur anonyme

Grève à la Ville de Montréal : le télétravail n’est pas un droit acquis que le contribuable doit financer

Les 3000 professionnels de la Ville débraieront les soirs et les fins de semaine à partir du 19 octobre. Au cœur du litige : les salaires et le télétravail. La mairesse parle de capacité de payer. Elle a raison de tenir bon.

3 min de lecture
L’hôtel de ville de Montréal. Photo de 2006. Photo : David Iliff (Diliff) / Wikimedia Commons (CC BY 2.5)

Vous payez des taxes à Montréal? Préparez-vous à une grève d’un genre particulier. À partir du 19 octobre, les quelque 3000 professionnels de la Ville débraieront… le soir, la nuit et la fin de semaine. Autrement dit, en bonne partie en dehors des heures de bureau.

C’est la deuxième grève du Syndicat des professionnelles et professionnels municipaux de Montréal, un syndicat indépendant des centrales, a rapporté Radio-Canada. La première avait duré une journée. Cette fois, on fait dans l’horaire atypique.

Que personne ne s’y trompe : la présidente du syndicat, Anne Dorais, assure que la grève produira ses effets, puisque certains services, comme les bibliothèques, les services culturels et les technologies de l’information, ont des horaires atypiques. Traduction : ceux qui paieront la note sont les citoyens qui empruntent un livre le samedi ou qui ont besoin d’un service municipal le soir. Comme toujours, c’est l’usager qui écope. Et le contribuable qui règle l’addition.

Le vrai nœud : le bureau

Sur quoi porte le litige? Sur les salaires, évidemment. Mais aussi sur le télétravail. La convention collective est échue depuis le 31 décembre 2023. Entre-temps, Radio-Canada rapportait que les fonctionnaires montréalais devront travailler en présentiel trois jours par semaine.

Trois jours au bureau. Sur cinq. Voilà la grande injustice qui justifie de fermer des services aux citoyens en soirée.

Combien de caissières, de mécaniciens, de préposés aux bénéficiaires ou de chauffeurs d’autobus peuvent négocier le droit de travailler de leur salon? Ce sont pourtant eux qui financent, à même leur compte de taxes, les conditions de ceux qui trouvent trois jours de présence trop exigeants.

Le télétravail peut être un bon outil de gestion. Il n’est pas un droit acquis. C’est l’employeur, ici la Ville, donc vous, qui doit décider où son personnel est le plus utile. Pas le syndicat.

La capacité de payer, enfin

La mairesse Soraya Martinez Ferrada a affirmé par le passé n’avoir guère de marge de manœuvre et vouloir respecter la capacité de payer des citoyens. Pour une fois, voilà une phrase qu’on aimerait voir encadrée au-dessus de la table de négociation.

Car le contexte ne laisse pas de place aux cadeaux. Radio-Canada a rapporté que Montréal va supprimer au moins 1000 postes d’ici quatre ans. Une administration qui doit se serrer la ceinture peut difficilement offrir à la fois des hausses salariales et des conditions de travail à la carte. On ne peut pas annoncer la diète d’une main et commander le buffet de l’autre.

La Ville vient aussi de conclure une entente de principe avec ses 6000 cols bleus, qui ne se sont pas encore prononcés. Ce n’est pas une raison pour plier devant les professionnels. Au contraire : dans le secteur public, chaque concession faite à un groupe devient le plancher du suivant. La facture, elle, ne fait que monter.

Une question à poser

Les services essentiels seront maintenus pendant la grève. Tant mieux. Mais chaque débrayage offre aussi au contribuable une rare occasion de voir ce qui continue de fonctionner, et ce qui s’arrête. La Ville aurait tort de ne pas en tirer de leçons au moment de revoir ses structures.

Il ne s’agit pas de mépriser ces professionnels. Ils gèrent l’eau, les finances, l’informatique et les bibliothèques d’une métropole, et ils le font souvent bien. Il s’agit de rappeler une évidence que les négociations du secteur public font trop souvent oublier : la Ville n’a pas d’argent à elle. Elle n’a que le vôtre.

La prochaine fois que votre compte de taxes arrivera, regardez bien la ligne du bas. C’est là que se négocie, en vérité, chaque journée de télétravail.

Les textes d’opinion n’engagent que leurs auteurs.

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