Georges, à La Licorne : Manuel Tadros porte le père de Nathalie Doummar dans une pièce douce qui s’étire
La dramaturge rend hommage à son père dans sa création la plus personnelle. La critique salue la tendresse de la pièce et la prestation de Manuel Tadros, mais trouve le récit long à se mettre en place.

Un salon aux teintes brunâtres, du mobilier des années 1970 et 1980, un fauteuil de style La-Z-Boy qui trône au milieu : c’est dans ce décor que s’ouvre Georges, la nouvelle pièce de Nathalie Doummar. On est chez les Doummar, à Québec, dans la classe moyenne. On pourrait être chez les Tremblay ou les Boucher, écrit le critique de La Presse.
Présentée à La Licorne jusqu’au 7 novembre, la pièce est la plus personnelle de l’autrice de Mama et de Frères. Le personnage-titre est inspiré de son propre père, un homme aux origines égyptiennes. Elle-même joue sa fille, Diane, de l’enfance à l’âge adulte.
Un père en majesté
Les deux critiques s’accordent sur un point : Manuel Tadros est le cœur du spectacle. La Presse le dit « sans faille, sans faute ». Le Devoir décrit un comédien sourire en coin, « r » roulés, mains jointes sur le ventre, qui mêle tendresse, intégrité, quelques lubies et un charme débonnaire.
Georges est un archétype du père de cette époque, de ceux qui offrent des bas de laine chauds plutôt qu’un mot doux. Il attend sa permanence à Hydro-Québec pendant que la mère, mieux payée, travaille à l’extérieur. Puis elle le quitte. Le voilà seul, homme aux idées conservatrices, à se redéfinir devant des enfants aux valeurs libérales.
Le rôle-titre est tenu en alternance par Antoine Yared. Neil Elias joue le frère, dans un registre plus discret.
Des Noëls qui se répètent
Le bémol vient du rythme. Le spectacle dure moins de 90 minutes, mais il met du temps à se poser, juge La Presse : une série de saynètes d’abord si anodines qu’on s’impatiente, entre deux Noëls qui marquent le passage des années.
Le Devoir partage la réserve. La trame offre peu de relief, la mise en scène de Rose-Anne Déry reste plutôt traditionnelle, et les Noëls qui se succèdent dans le salon conçu par Maude Janvier n’apportent pas tous un élément essentiel. La pièce aurait gagné à être resserrée, estime la critique.
Pour appuyer le côté spectacle, Rose-Anne Déry fait tomber le quatrième mur, cette paroi imaginaire qui sépare la scène de la salle. Les comédiens s’adressent au public comme à la parenté, le temps des vœux de Noël, d’une chanson ou d’un poème.
Une famille d’ici
Peu à peu, l’accumulation fait son œuvre. Ces petites scènes, écrit La Presse, finissent par devenir significatives pour une famille, « qu’elle ait des racines au Caire ou à Repentigny ». Hormis les blagues du patriarche sur les Québécois et leur parlure, peu de choses distinguent l’une de l’autre.
Le Devoir voit dans Georges un portrait de deux générations issues de l’immigration mises en relation plutôt qu’en opposition, où l’amour l’emporte sur les divergences. La critique souligne la douceur et la vérité de la pièce, des propositions jugées assez rares sur nos scènes. Et elle réserve ses mots les plus forts à la finale, d’une beauté si délicate « qu’elle parviendrait à tirer des larmes de statues de pierre ».
Moins puissante que les opus précédents, conclut La Presse, l’œuvre réaffirme néanmoins la place de Nathalie Doummar dans un théâtre québécois rassembleur.
Une production de La Manufacture, à voir à La Licorne jusqu’au 7 novembre : une chanson douce plutôt qu’un grand air, mais une chanson qu’on fredonne encore en sortant.

