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Économie

G7 : jusqu’à 100 millions de barils de diesel et de brut libérés, et pas d’interdiction d’exporter

Les dirigeants du G7, dont le Canada, ont convenu vendredi de puiser dans leurs réserves d’urgence pour calmer le prix des carburants. L’interdiction d’exporter brandie par Washington est écartée.

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Quand l’épicerie coûte trop cher, on finit par fouiller au fond du congélateur. C’est à peu près ce que les pays du G7 ont décidé de faire vendredi avec leurs réserves de carburant.

Réunis en visioconférence, les dirigeants de l’Allemagne, du Canada, des États-Unis, de la France, de l’Italie, du Japon et du Royaume-Uni se sont entendus pour libérer jusqu’à 100 millions de barils de diesel et de pétrole brut d’ici quatre mois, ont rapporté Le Devoir et Le Figaro. Ces barils proviendront des stocks stratégiques, c’est-à-dire des réserves d’urgence que les gouvernements gardent de côté en cas de crise d’approvisionnement. L’opération sera coordonnée par l’Agence internationale de l’énergie.

Le but est de relâcher les stocks « pour pouvoir dans les quatre mois libérer jusqu’à 100 millions de barils », a expliqué le président français, Emmanuel Macron, dont le pays préside le G7, selon Le Devoir. La déclaration des pays membres précise que des stocks « substantiels » de diesel arriveront sur le marché dans les 20 prochains jours, et qu’il n’est pas exclu d’en débloquer d’autres.

La menace américaine mise de côté

L’autre morceau de l’entente touche le commerce. Pour soulager le marché mondial, Washington pressait l’Europe de puiser dans ses propres réserves de diesel, et menaçait même d’interdire ses exportations de carburants vers l’Union européenne en cas de refus. Le scénario aurait fait mal : la moitié du diesel importé par les Vingt-Sept vient des États-Unis, selon Le Devoir.

La Commission européenne avait prévenu qu’une telle interdiction « porterait atteinte à notre confiance dans les États-Unis en tant que partenaire fiable ». Vendredi, la menace a été rangée. « Nous sommes tous engagés à ce qu’il n’y ait aucune interdiction à l’export. Le président Trump a été très clair sur ce point », a affirmé Emmanuel Macron.

À Washington, on présente plutôt l’affaire comme une victoire. Sur son réseau Truth Social, Donald Trump a écrit que « l’Europe venait d’accepter de mettre sur le marché une quantité massive de son diesel abondamment stocké », ajoutant que « le processus va commencer immédiatement ».

Le G7 s’est aussi engagé à travailler à réduire les marges des raffineurs, soit l’écart entre le prix du brut et celui du carburant vendu, ainsi que les coûts de transport, qui ont bondi avec les blocages du détroit d’Ormuz.

Ceux qui paient la facture

Le diesel fait rouler les camions de marchandises et les machines agricoles, ce qui explique l’empressement de l’administration américaine à quelques semaines des élections de mi-mandat, prévues au début de novembre. « Les agriculteurs, les transporteurs routiers et les entreprises américaines ne devraient pas avoir à supporter seuls le poids d’une pénurie mondiale de diesel », avait plaidé avant l’annonce le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, cité par Le Devoir.

Les chiffres donnent le vertige. Aux États-Unis, le diesel a atteint à la fin de septembre un record de 6,53 dollars le gallon. Dans l’Union européenne, la moyenne hebdomadaire à la pompe a grimpé à 2,24 euros le litre, un sommet historique, et l’inflation de la zone euro a touché 3,8 % en septembre, son plus haut niveau en trois ans.

Les annonces de vendredi ne précisent pas la part des barils qui viendra des réserves canadiennes ni l’effet attendu sur les prix à la pompe au pays.

Le marché avait déjà réagi

Les courtiers n’ont pas attendu la conférence de presse. Le baril de West Texas Intermediate, la référence américaine, a chuté de plus de 5 % en séance, jusqu’à 88,06 dollars, avant de se reprendre à 90,15 dollars, en baisse de 2,93 %, selon Le Figaro. Le Brent de la mer du Nord reculait de 1,98 %, à 100,28 dollars.

La pénurie vient d’abord des produits raffinés. La guerre au Moyen-Orient, le verrouillage du détroit d’Ormuz par l’Iran et les attaques ukrainiennes sur les installations énergétiques russes freinent la production de diesel. « La baisse des capacités de raffinage et de la production au Moyen-Orient et en Russie, combinée à l’annulation par la Chine de cargaisons de produits destinés à l’exportation afin de soutenir son approvisionnement intérieur, continue de restreindre la disponibilité des carburants », a résumé Ole Hansen, analyste chez Saxo Bank, dans Le Figaro.

Une bouée, pas une réparation

Les réserves ne sont pas un puits sans fond. En mars, les pays membres de l’Agence internationale de l’énergie avaient déjà promis de libérer 400 millions de barils, et tous ne sont pas encore arrivés sur le marché, rappelle Le Devoir.

L’analyste Giovanni Staunovo, cité par l’AFP dans Le Figaro, prévient que « les réserves stratégiques sont conçues pour faire face à des perturbations temporaires de l’offre, et non à des déséquilibres structurels du marché ». Une fois les stocks entamés, ajoute-t-il, « le marché pourrait devenir de plus en plus sensible aux risques pesant sur l’offre, ce qui pourrait se traduire par des fluctuations plus importantes des prix ».

Autrement dit, le congélateur dépanne pour quelques semaines. Il ne remplace pas l’épicerie.

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