G20 de Milwaukee : aucun accord sur la Chine ni sur le travail forcé, seul consensus contre la nourriture comme arme
La réunion des ministres du Commerce s’est terminée jeudi sans avancée sur les « surcapacités industrielles ». Le Canada en a profité pour pousser ses accords avec l’Europe, le Mercosur et l’Inde.

La réunion des ministres du Commerce du G20, le forum qui rassemble les grandes économies mondiales, s’est terminée jeudi à Milwaukee, au Wisconsin, sans faire bouger les lignes sur le dossier que Washington voulait mettre en avant : les « surcapacités industrielles ». L’expression désigne les excédents de production qui tirent les prix vers le bas, une attaque à peine voilée contre la concurrence chinoise.
« Presque tous les pays ont reconnu qu’il s’agi(ssai)t d’un problème qui nécessite des mesures », a assuré l’hôte de la rencontre, le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, selon La Presse. Mais aucun consensus n’a été trouvé. Le mois dernier, à la réunion des ministres des Finances du G20, la Chine n’avait pas signé les paragraphes du communiqué final portant sur cette question. Interrogé pour savoir si Pékin avait de nouveau fait entendre sa différence, Jamieson Greer n’a pas répondu.
Le travail forcé divise aussi
Les délégués ne se sont pas non plus ralliés au message américain sur le travail forcé. Le thème, consensuel en apparence, est devenu litigieux depuis que Washington a imposé une surtaxe à une soixantaine de partenaires commerciaux qu’il accuse de ne pas lutter suffisamment contre ce fléau, dont la Chine, l’Inde, l’Union européenne et le Canada. Jamieson Greer a déploré que certains pays du G20 ne souhaitent pas s’engager à interdire l’importation de marchandises produites par le travail forcé, rapporte Radio-Canada.
Un seul point a rallié tout le monde : l’accès à la nourriture ne doit pas devenir un moyen de pression dans les conflits. Le ministre délégué français au Commerce extérieur, Nicolas Forissier, a évoqué un « consensus » contre « l’utilisation de la nourriture, de l’agriculture, de tout ce qui concourt à l’agriculture, comme une arme ». Il a rappelé que l’agression de l’Ukraine par la Russie avait empêché les exportations de blé ukrainien.
La Russie à la table
La rencontre a aussi illustré le rapprochement entre Washington et Moscou depuis le retour au pouvoir de Donald Trump. Les États-Unis ont invité la Russie à toutes les réunions du G20 qu’ils président cette année, au grand déplaisir des Européens qui soutiennent Kyiv. C’est le ministre russe du Développement économique, Maxime Rechetnikov, qui était à Milwaukee. Deux versions de la photo de famille ont été prises : les Européens ne voulaient pas apparaître aux côtés de leur homologue russe.
Ce que le Canada est venu chercher
Pour Ottawa, Milwaukee, non loin de la frontière canadienne, était surtout une occasion de diversifier ses marchés en pleine guerre commerciale avec les États-Unis. Le ministre du Commerce international, Maninder Sidhu, voulait faire avancer un accord sur le commerce numérique avec l’Union européenne, les négociations avec le Mercosur, le bloc commercial sud-américain, et un partenariat économique avec l’Inde.
Washington ne s’en inquiète guère. Jamieson Greer a qualifié le Canada et l’Union européenne de territoires à très faible croissance. « Et une faible croissance plus une faible croissance, ça reste une faible croissance », a-t-il lancé.
La suite
Le dernier sommet de la série réunira les chefs d’État les 14 et 15 décembre à Miami, dans un complexe de golf appartenant à Donald Trump. Sans avancée sur les surcapacités ni sur le travail forcé, les sujets qui fâchent risquent d’y revenir intacts.


