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Politique

Fréchette quitte la tête de la CAQ : 572 027 votes, zéro député et 30 jours pour trouver un intérim

Au lendemain du blanchissage de son parti, la première ministre sortante démissionne comme cheffe et quitte la vie politique. Elle laisse une CAQ sans un seul siège, malgré plus d’un demi-million d’électeurs.

3 min de lecture
La salle de l’Assemblée nationale, où la CAQ ne comptera aucun député. Photo de 2018. Photo : Thomas1313 / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

« Hier soir, vous avez été clairs. » La phrase est tombée sans trémolo, mardi, dans l’édifice Honoré-Mercier de l’Assemblée nationale. Christine Fréchette venait de tourner la page.

Au lendemain d’un blanchissage historique, la cheffe de la Coalition avenir Québec (CAQ) a annoncé sa démission. Elle reste en poste jusqu’à l’assermentation du premier ministre désigné, Paul St-Pierre Plamondon, a rapporté Le Devoir. Ensuite, elle quitte la vie politique. Pour l’instant, du moins.

« Vous avez choisi de confier le gouvernement à une autre équipe. Ce choix, je l’accepte. Comme chef, j’en porte la responsabilité », a-t-elle ajouté devant les journalistes, selon Le Devoir.

De 90 députés à zéro

Le contraste donne le vertige. En 2022, le parti fondé par François Legault avait fait élire 90 députés sur 125. Lundi soir : aucun.

Mme Fréchette elle-même a mordu la poussière dans Trois-Rivières, sa circonscription natale. Le péquiste Jean Pellerin l’a emporté.

C’est ce verdict qui l’a poussée vers la sortie. Elle s’était fixé un seuil, a-t-elle expliqué en point de presse, selon Radio-Canada : quelques députés élus auraient été, à ses yeux, une forme d’endossement de sa façon de faire de la politique. Le seuil n’a pas été atteint.

Les instances du parti prennent le relais. Selon Radio-Canada, la CAQ dispose de 30 jours pour désigner un chef par intérim. La cheffe démissionnaire juge la chose encore plus pressante avec un gouvernement minoritaire, qui peut tomber à tout moment.

Un demi-million de voix pour rien

Les chiffres sont cruels. Selon Le Devoir, 572 027 électeurs ont voté pour la CAQ, soit 13,35 % des voix. Résultat : zéro siège. Québec solidaire, avec 532 095 votes, en a décroché neuf.

Le Parti conservateur d’Éric Duhaime avait vécu la même chose en 2022 : 530 786 votes, aucun député.

Ironie du sort, la CAQ avait promis en 2018 de réformer le mode de scrutin. Elle avait renié cet engagement en 2021, en plaidant qu’une telle réforme « n’intéresse pas la population, à part quelques intellectuels », rappelle Le Devoir.

Mardi, Mme Fréchette n’a pas renié ce choix. Elle a plutôt reconnu, avec une franchise rare, qu’on range souvent cette promesse au placard parce qu’« on est dans une situation où la façon de fonctionner du système nous avantage ». Une promesse électorale qu’on abandonne une fois au pouvoir : les électeurs caquistes en paient aujourd’hui le prix.

Six mois au sommet

Son passage à la tête de l’État aura duré environ six mois. L’ancienne « superministre » de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, qui a hérité des derniers chapitres du dossier Northvolt, n’aura connu qu’à peine cinq semaines de travaux parlementaires comme première ministre, note Le Devoir. Le projet de constitution du Québec est mort au feuilleton.

Elle a consacré une bonne partie de son allocution aux Québécoises. Seconde femme à diriger le Québec après Pauline Marois, qui l’a fait pendant 19 mois, elle a fait le compte depuis 1867. « Vingt-cinq mois sur 159 ans. C’est trop peu », a-t-elle lancé. Son message aux plus jeunes : « Prenez votre place. »

La troisième voie, sans elle

Malgré la débâcle, elle croit à la survie de son parti et d’une troisième voie, hors des étiquettes fédéraliste et souverainiste. « C’est la meilleure option pour le Québec », a-t-elle plaidé. « Je ne la porterai plus comme cheffe, mais je continuerai d’y souscrire. »

Sur X, François Legault a salué « une ministre et une première ministre compétente ». La co-porte-parole de Québec solidaire, Ruba Ghazal, a souligné leur travail commun sur la loi Gabie Renaud.

Un retour? Elle ne ferme pas la porte. Elle prendra d’abord du repos.

« Je suis devant une page blanche », a-t-elle conclu. La CAQ aussi. Elle a 30 jours pour y écrire un premier nom.

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