Fréchette exclut toute baisse d’impôt avant le déficit zéro et mise sur 4,3 milliards d’Ottawa encore non confirmés
Le cadre financier de la CAQ prévoit plus de 9 milliards de nouveaux engagements et un retour à l’équilibre budgétaire en 2029-2030. Une partie du financement repose sur des transferts fédéraux qu’Ottawa n’a ni confirmés ni signés.

La première ministre sortante, Christine Fréchette, a écarté toute baisse d’impôt avant le retour à l’équilibre budgétaire, prévu en 2029-2030, dans un cadre financier qui ajoute plus de 9 milliards de dollars d’engagements, service de la dette compris, et laisse un trou cumulatif de près de 6 milliards à résorber.
« On garde le cap sur l’équilibre budgétaire, une fois l’équilibre atteint, bien là, (une baisse des impôts) pourrait être à considérer », a-t-elle déclaré au quatrième jour de la campagne, au Sanctuaire de Cap-de-la-Madeleine, à Trois-Rivières. Elle venait pourtant d’admettre que « s’il y a une priorité numéro un des Québécois, c’est le coût de la vie et on va s’y attarder de différentes manières ». Le contribuable, en somme, est invité à patienter.
La cheffe caquiste, qui a succédé à François Legault cette année, a laissé entendre qu’elle se montrait plus prudente que son prédécesseur, dont les engagements de campagne pouvaient dépasser 20 milliards. La CAQ a d’ailleurs été la première formation à déposer son cadre financier, ce document où un parti additionne le coût de ses promesses et indique comment il entend les payer.
Des revenus encore hypothétiques
La prudence a toutefois ses angles morts. Le cadre financier compte sur plus de 4,3 milliards de dollars de transferts fédéraux sur cinq ans, dont 2 milliards en remboursement anticipé des dépenses liées aux demandeurs d’asile. Il table aussi sur le renouvellement d’ententes en santé mentale, en soins à domicile et en soins de longue durée, ainsi que sur une hausse de 5 % du Transfert canadien en matière de santé à compter de 2028-2029. Or, Ottawa n’a rien confirmé ni signé. Mme Fréchette parle de « revenus escomptés »; son ministre des Finances, Eric Girard, a convenu que la réponse viendrait avec le prochain budget fédéral, cet automne.
La CAQ prévoit en outre de tirer 500 millions de plus des sociétés d’État sur cinq ans et de réduire la provision pour éventualité, ce coussin réservé aux coups durs, de 2 milliards à 1,5 milliard l’an prochain, puis à 500 millions l’année suivante, avant de la ramener à 1 milliard. Le choix mérite d’être souligné en pleine guerre commerciale avec les États-Unis : la réserve diminue au moment où le risque augmente. M. Girard reconnaît lui-même une économie « fragilisée par les tensions commerciales ».
Le scénario repose sur une croissance annuelle moyenne des revenus de 3,5 %, supérieure à celle des dépenses, fixée à 2,6 %. La CAQ ajouterait enfin 6 milliards au Plan québécois des infrastructures (PQI), l’enveloppe consacrée aux routes, aux écoles et aux hôpitaux, pour la porter à 180 milliards d’ici cinq ans. Ce montant a été choisi pour respecter la cible de dette et les ratios de l’agence Standard & Poor’s, qui avait abaissé en 2025 la cote de crédit du Québec de AA- à A+, une première en 30 ans. Cette cote, rappelons-le, influence le taux d’intérêt que paie l’État quand il emprunte, et donc la facture des contribuables.
Ce que cela change
Ni baisse d’impôt ni compression annoncée des services : Mme Fréchette rejette le mot austérité « parce qu’on ne compte pas réduire les services aux citoyens ». À sa droite, le chef conservateur Éric Duhaime y voit « le même vieux modèle bureaucratique ». À sa gauche, la co-porte-parole de Québec solidaire, Ruba Ghazal, juge le cadre « totalement irresponsable » et y voit des années pires que celles de l’austérité de Philippe Couillard.
En éducation, Mme Fréchette s’est attiré des critiques en refusant, au début de la campagne, de reconnaître l’existence de l’école à trois vitesses, soit la cohabitation de la classe ordinaire, des programmes publics particuliers et du privé. La CAQ préfère parler d’un régime mixte qui respecte le droit des parents de choisir, propose d’ajouter des places dans les programmes particuliers et s’oppose à la tenue d’états généraux. Elle a aussi fermé la porte à un nouveau congé férié le 30 septembre : « ce n’est pas dans mes intentions de transformer ça en jour férié », a-t-elle dit, comme son prédécesseur.
Le contexte n’aide guère la CAQ, au pouvoir depuis 2018. Chez les électeurs francophones, le sondage Léger publié le 21 septembre la plaçait à 24 %, loin derrière le Parti québécois, à 37 %.
Lundi, les électeurs diront s’ils préfèrent cette prudence à crédit, adossée en partie aux chèques d’Ottawa, aux promesses plus audacieuses de ses rivaux.


