Essence à 33 cents de moins ou autobus gratuit : la campagne se joue aussi à la pompe
Le Parti conservateur abolirait la taxe carbone et suspendrait la taxe sur les carburants. Le PQ réduirait la TVQ sur l’essence pendant un an. Québec solidaire mise plutôt sur la gratuité du transport en commun.

33 ¢ le litre. C’est l’économie que le Parti conservateur du Québec (PCQ) promet aux automobilistes, en abolissant la taxe carbone, qui représente plus de 10 ¢ le litre selon le parti, et en suspendant la taxe provinciale sur les carburants, de 19,2 ¢ le litre. Avec la TPS et la TVQ appliquées sur ces deux taxes, l’économie atteindrait environ 33 ¢.
La taxe carbone, comme l’appelle le PCQ, désigne le coût du marché du carbone québécois, que les distributeurs refilent aux consommateurs à la pompe. Pour une famille qui dépend de sa voiture, l’enjeu n’est pas théorique.
« Nous ne sommes pas en guerre contre l’auto et nous dénonçons les partis qui le sont », a lancé Éric Duhaime au magazine Protégez-Vous. « L’idée, c’est de faciliter la vie [des automobilistes] et non de leur mettre des bâtons dans les roues. »
Les autres partis à la pompe
Le Parti québécois (PQ) réduirait de moitié la TVQ sur l’essence pendant un an et éliminerait la double taxation, c’est-à-dire la TVQ calculée sur un prix qui inclut déjà d’autres taxes. L’économie serait de 7 ou 8 ¢ le litre, soit environ 220 $ par année pour une voiture qui consomme moyennement, selon son candidat Alain Therrien. Le PQ verserait aussi 125 $ aux personnes qui gagnent moins de 40 000 $ pour les aider à payer leurs frais d’auto.
Le Parti libéral (PLQ) se montre sceptique. Selon sa candidate Julie White, réduire la taxe sur l’essence « ne diminue pas nécessairement les impacts sur la population à long terme », et ces mesures « coûtent très très cher à l’État ».
La CAQ, elle, parle d’abord des routes. « Ça prend un réinvestissement important dans les infrastructures, pour que les automobilistes aient des routes entretenues de qualité », a fait valoir le ministre des Finances, Eric Girard. La CAQ porterait le Plan québécois des infrastructures de 167 à 180 milliards et consacrerait 75 % des sommes à l’entretien de ce qui existe déjà.
Le pari du transport en commun
Québec solidaire (QS) mise sur l’autobus et le métro. Le parti rendrait le transport en commun gratuit pour les moins de 25 ans et les 65 ans et plus, et accorderait un crédit d’impôt de 20 % aux autres usagers. Coût : 500 millions par année, y compris 230 millions pour maintenir et améliorer les services. Une famille montréalaise avec deux adolescents économiserait jusqu’à 2100 $ par année, selon Ruba Ghazal.
Le PQ propose une passe mobilité à 95 $ par mois, valable partout au Québec, alors que certains usagers de la couronne paient jusqu’à 230 $, selon le parti. La mesure coûterait 548 millions sur cinq ans. Elle serait financée, comme la remise de 125 $ sur l’essence, par le Fonds d’électrification et de changements climatiques, l’ancien Fonds vert.
Le point de vue de ceux qui conduisent
Pour une bonne partie du Québec, le débat est vite tranché : l’auto n’est pas un choix, c’est la seule option. Éric Duhaime le résume à partir de sa circonscription de Bellechasse, où le transport collectif « demeure très théorique ». « Les citoyens se demandent pourquoi ils devraient financer des services offerts dans des régions, [alors qu’eux] ils n’en auront jamais », dit-il.
Même la CAQ, qui finance le tramway de Québec et la ligne bleue du métro de Montréal, met un bémol aux promesses de tarifs réduits. « Avant de dire qu’on va baisser les tarifs du métro à Montréal, il faut que le métro fonctionne », a rappelé Eric Girard.
Lundi, les électeurs choisiront entre deux philosophies : alléger la facture de ceux qui roulent, ou payer pour qu’ils roulent moins.


