Espagne : Sánchez déclenche des élections le 29 novembre après le rejet de son plan logement
Minoritaire et affaibli par des scandales, le premier ministre socialiste mise sur la colère liée au logement. Les sondages favorisent le Parti populaire, qui pourrait devoir s’entendre avec Vox pour gouverner.

Le jour même où le Québec élit son gouvernement, l’Espagne apprend qu’elle votera elle aussi, bien plus tôt que prévu. Lundi, depuis le palais de la Moncloa, sa résidence officielle, le premier ministre Pedro Sánchez a annoncé la dissolution des chambres et des élections législatives anticipées pour le dimanche 29 novembre, ont rapporté La Presse et Radio-Canada. Le scrutin était attendu au milieu de 2027.
Un plan logement rejeté vendredi
L’annonce suit un dur revers subi vendredi au Congrès des députés, où le gouvernement minoritaire a vu ses mesures sur le logement rejetées par les partis de droite. Le plan prévoyait d’interdire jusqu’en 2030 l’expulsion des locataires vulnérables, de prolonger de deux ans le gel des loyers des baux existants, de durcir les règles sur la location de courte durée, de viser les fonds dits « vautour » et de renouveler automatiquement les contrats de location.
Le déclencheur est connu : l’expulsion, en septembre à Madrid, d’une locataire de 87 ans qui occupait son logement depuis 70 ans, après le rachat de l’immeuble par un fonds qui voulait augmenter le loyer de 275 %. Des manifestations ont suivi dans tout le pays, et un campement s’est installé sur la Puerta del Sol, en plein cœur de la capitale.
« Nous devons renouveler le soutien de la population », a lancé M. Sánchez dans son allocution, en réclamant une majorité progressiste beaucoup plus large. Au pouvoir depuis 2018, il a reconnu des erreurs et des promesses non tenues.
Un gouvernement qui ne gouvernait plus guère
Le bilan législatif est mince. Faute de majorité, le chef socialiste a gouverné grâce à des coalitions fragiles, appuyées à la fois sur la gauche radicale et sur des formations séparatistes. Résultat, selon Radio-Canada : très peu de lois adoptées pendant son troisième mandat, et aucun budget voté depuis 2023. Le paradoxe est frappant, puisque l’économie espagnole affiche l’une des meilleures performances du monde développé.
La cote de confiance du Parti socialiste a oscillé entre 26 et 31 % pendant le mandat. M. Sánchez est aussi affaibli par des scandales de corruption qui touchent des proches, dont sa femme, et par les critiques sur sa gestion de la crise migratoire à Ceuta, l’enclave espagnole en Afrique du Nord.
Pour l’économiste Lorenzo Bernaldo de Quiros, président du cabinet Freemarket Corporate Intelligence, le dossier du logement offrait au premier ministre une rare occasion de rallier la gauche et de détourner l’attention de ces affaires. « C'est une fenêtre d’opportunité », a-t-il résumé.
La droite en position de force
Le Parti populaire (PP), principal parti d’opposition, réclamait ce scrutin depuis longtemps. « Si huit années n’ont pas suffi, pourquoi vouloir quatre ans de plus ? », a répliqué son chef, Alberto Nunez Feijóo, qui présente l’élection comme un choix « entre la décadence et la prospérité ».
Les sondages placent le PP en tête, mais sans majorité absolue. Il pourrait devoir négocier avec Vox, troisième force politique du pays. Le chef de Vox, Santiago Abascal, appelle toutefois à la prudence : « Les sondages disaient la même chose en 2023 et Sanchez a réussi à former une majorité avec tous ses complices », a-t-il rappelé.
Dans la rue, le syndicat des locataires de Madrid promet de ne pas lâcher. « Cette vague d’indignation est irrésistible et nous n’allons pas nous arrêter », a prévenu sa porte-parole Alicia del Rio, qui relance l’idée d’une grève générale.
Ce que le Québec peut en retenir
Vu d’ici, le débat espagnol pose une question que connaissent bien les locataires et les propriétaires québécois. Un gel des loyers et un renouvellement automatique des baux protègent les locataires en place. Mais qui construira les logements qui manquent si les propriétaires et les investisseurs voient leurs revenus plafonnés et leurs contrats prolongés d’office? Le plan de M. Sánchez n’apportait pas de réponse à cette question de l’offre.
La leçon possible pour le Québec : une crise du logement peut devenir le cœur d’une campagne, mais l’électeur finit par juger les résultats, et ceux-là se comptent en logements construits, pas en mesures annoncées.


