Espagne : le mandat d’arrêt contre Puigdemont levé, grâce à une amnistie qui couvre un détournement de fonds publics
En exil en Belgique depuis la tentative de sécession de 2017, l’ex-président catalan pourrait rentrer en pleine campagne électorale. Son retour tient à une amnistie négociée en échange du pouvoir.

Carles Puigdemont n’est plus recherché par la justice espagnole. Au lendemain d’une élection québécoise qui a porté au pouvoir un parti souverainiste, le sort du chef indépendantiste catalan rappelle ce qu’il en coûte, ailleurs, de jouer la carte de la sécession hors du cadre légal.
Le juge de la Cour suprême Pablo Llarena a levé mardi le mandat d’arrêt qui visait l’ancien président régional de la Catalogne, a rapporté Radio-Canada. Sa décision est tombée quelques instants après celle de la Cour constitutionnelle, qui a appliqué l’amnistie gouvernementale à un allié politique de M. Puigdemont. Cet allié avait été reconnu coupable de détournement de fonds publics.
Le juge a précisé qu’il levait le mandat en attendant d’examiner la décision de la Cour constitutionnelle, qui aurait probablement une incidence sur le dossier.
Huit ans d’exil
M. Puigdemont, 63 ans, a fui vers la Belgique en 2017, après une tentative de sécession ratée. Il vit depuis à Waterloo. Il a échappé à toutes les demandes d’extradition, alors que plusieurs de ses proches et partisans ont purgé des peines de prison.
Il n’a jamais perdu le contrôle de son parti, Junts. En 2024, il était réapparu à Barcelone le temps d’un discours public, avant d’échapper à la police.
Une amnistie contre des votes
Le cœur de l’affaire est politique. En 2023, le premier ministre socialiste Pedro Sánchez n’a pu se maintenir au pouvoir que grâce à l’appui de Junts. Le prix : une amnistie pour les séparatistes catalans, selon Radio-Canada.
C’est cette amnistie qui efface aujourd’hui la condamnation d’un élu pour détournement de fonds publics. Pour les contribuables espagnols, le message est délicat : un délit commis avec l’argent public peut devenir monnaie d’échange dans une négociation parlementaire.
L’alliance n’a pas tenu. Cette semaine, le « non » de Junts a fait tomber deux mesures d’urgence du gouvernement en matière de logement, adoptées sur fond de manifestations. M. Sánchez a répliqué en déclenchant des élections anticipées pour le 29 novembre, en misant sur la colère liée au logement pour mobiliser ses électeurs.
Un retour explosif
M. Puigdemont semble prêt à rentrer en Espagne. Junts annonçait une conférence de presse mardi, depuis Waterloo.
L’homme reste impopulaire dans la majeure partie du pays. Selon Radio-Canada, il est probable que les partis d’opposition tentent d’utiliser son retour contre M. Sánchez pendant la campagne.
Et le Québec?
La comparaison a ses limites. Le Québec a toujours tenu ses référendums dans un cadre légal, et le nouveau premier ministre désigné doit composer avec un gouvernement minoritaire.
Mais l’Espagne montre une chose qu’un Parlement minoritaire québécois aurait intérêt à méditer : quand un gouvernement achète sa survie à coups de concessions, la facture finit toujours par arriver, en crédibilité comme en argent public.


