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Société

Enseignants sans classe en Estrie : l’ancienneté de la convention collective sert-elle les élèves?

Une enseignante de l’Estrie, sans contrat depuis la rentrée, dénonce la rigidité de la liste d’ancienneté. Un professeur en politique d’éducation estime que ces règles pensent d’abord aux employés.

3 min de lecture
Une salle de classe vide. Photo d’illustration. Photo : Ali Ahmad DANESH / Pexels

Quand les élèves sont retournés en classe, « Catherine » n’avait toujours ni classe ni tâche. Cette enseignante de l’Estrie, dont Le Soleil a changé le prénom pour protéger son anonymat, attend encore un contrat. Son cas met en lumière la façon dont les postes sont distribués dans les écoles, par ordre d’ancienneté, et ce que ce système coûte à certains élèves, selon elle.

Comment fonctionne la liste

Les enseignants sont classés sur une liste de priorité d’après leurs années de service au sein d’un même centre de services scolaire. Les plus anciens passent en premier; les nouveaux y figurent aussi, mais beaucoup plus bas. La convention collective impose de suivre cette liste « à la lettre ».

Quand le reportage a été écrit, 65 des 469 enseignants de la liste de priorité de la Région-de-Sherbrooke (CSSRS) restaient sans tâche. Trois autres personnes espéraient un contrat dans les Hauts-Cantons. Le seul à avoir comblé toutes ses candidatures est le centre de services des Sommets.

« Je ne pense pas que c’est au service des élèves »

Catherine critique surtout le cadre rigide de la convention. Des collègues moins expérimentés la devancent parce qu’ils comptent plus d’années dans son centre de services. Plusieurs acceptent des postes pour lesquels ils ne se sentent pas pleinement à l’aise, de peur de se faire radier de la liste à leur tour. « Je ne pense pas que c’est au service des élèves », dit-elle. Selon elle, un élève peut se retrouver devant une personne non qualifiée pour son niveau ou sa clientèle, et les ressources ne sont pas toujours aux bons endroits.

Martin Maltais, qui enseigne le financement et la politique de l’éducation à l’UQAR, à Rimouski, lui donne en partie raison. Les conventions collectives en enseignement, dit-il, sont rarement centrées sur les besoins des élèves. Il compare avec la médecine : « les opérations les plus complexes sont faites par les médecins avec le plus d’expérience. Pas les nouveaux. En éducation, c’est tout le contraire. » Les plus anciens, ajoute-t-il, choisissent davantage leurs tâches et prennent souvent celle qui leur paraît la plus intéressante et la plus facile.

Le point de vue des centres de services

Le Centre de services scolaire de la Région-de-Sherbrooke répond qu’il planifie sa main-d’œuvre pour prévoir ses effectifs dans les écoles, au service de la réussite des élèves, et qu’il applique les modalités prévues à la convention collective. Le Syndicat de l’enseignement de l’Estrie décrit pour sa part une pénurie de main-d’œuvre : les centres de services cherchent à « accrocher » rapidement les enseignants.

Dans ce contexte, de jeunes enseignants sont parfois appelés à élargir leur champ d’expertise. Un centre de services peut leur reconnaître plusieurs compétences, par exemple l’éducation physique et l’adaptation scolaire. M. Maltais y voit un problème : des gens formés en physique, en chimie ou en biologie peuvent ne pas obtenir de poste dans leur domaine, parce que d’autres enseignants plus anciens les choisissent, même sans avoir nécessairement la formation de départ.

Pour l’employeur, cette souplesse a du bon : les enseignants gagnent en mobilité. Pour la réussite des élèves, moins, juge-t-il. À son avis, les catégories sont trop larges, et les enseignants devraient enseigner seulement les matières pour lesquelles ils ont été formés.

Et maintenant?

Les sources consultées ne rapportent pas de position du ministère de l’Éducation ni de calendrier de révision des règles d’affectation. En attendant, 65 enseignants à Sherbrooke et trois dans les Hauts-Cantons étaient toujours sans tâche, alors que le syndicat parle de pénurie de main-d’œuvre.

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