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Opinion
Chroniqueur anonyme

En Pennsylvanie, même les démocrates misent sur le gaz de schiste. Le Québec, lui, a préféré une motion

Une centrale de plus de 10 milliards de dollars sur le site d’une ancienne centrale au charbon, un gouverneur démocrate qui veut accélérer la production : pendant que d’autres forent, nous faisons la morale.

3 min de lecture
Tour de forage de gaz de schiste dans la formation de Marcellus, dans le comté de Lycoming, en Pennsylvanie. Photo : Nicholas A. Tonelli / Wikimedia Commons (CC BY 2.0)

À Homer City, à une heure à l’est de Pittsburgh, on bâtit une centrale au gaz naturel sur le site d’une ancienne centrale au charbon. Plus de 10 milliards de dollars d’investissement. Elle devrait devenir la plus grande du genre aux États-Unis, selon un long reportage de Radio-Canada. Pendant ce temps, chez nous, le gaz de schiste dort sous nos pieds, bien bordé par une motion de l’Assemblée nationale.

Je vous entends déjà : la Pennsylvanie, c’est le pays de Donald Trump et de son « Drill, baby, drill ». Erreur. Le gouverneur de l’État, Josh Shapiro, est démocrate. Il brigue un nouveau mandat et appuie lui aussi le développement du gaz. Sa priorité, rapporte Radio-Canada, c’est la maîtrise des coûts de l’électricité. Il veut accélérer la production et faire payer aux centres de données les nouvelles capacités dont ils ont besoin, pour éviter que les ménages en assument la facture.

Relisez ça tranquillement. Un démocrate, dans un État pivot, qui défend le gaz parce que les familles regardent leur facture d’électricité. Pas parce qu’il aime les puits. Parce qu’il sait compter.

La demande ne demande pas la permission

Le moteur, ce sont les centres de données. Dans l’est de la Pennsylvanie, la demande d’électricité aux heures de pointe pourrait quintupler d’ici 2032, selon les estimations d’un fournisseur citées dans le reportage. Pour suivre, on prévoit même de relancer un réacteur de la centrale nucléaire de Three Mile Island, dans le cadre d’une entente avec Microsoft. Les Américains ne choisissent pas entre le nucléaire et le gaz : ils prennent les deux, parce que la demande, elle, n’attend personne.

Et le sous-sol ne manque pas de réserves. L’Institut d’études géologiques des États-Unis estimait en 2019 qu’il y aurait environ 214 billions de pieds cubes de gaz naturel non découvert et techniquement récupérable. La Pennsylvanie compte déjà environ 12 000 puits de gaz de schiste.

Sur le terrain, on ne fait pas la fine bouche. « C'est une excellente occasion, tant pour les recettes fiscales que pour les emplois locaux », estime Byron Stauffer, directeur général du Centre de développement économique du comté d’Indiana. Des recettes fiscales. Des emplois locaux. Deux expressions qui ont presque disparu du vocabulaire québécois quand on parle de nos ressources.

Les inquiétudes sont réelles, mais ce n’est pas un plan

Soyons justes. Le reportage donne aussi la parole à des résidents inquiets, comme Kurt Limbach, qui redoute de voir encore de la fracturation et des sites industriels dans les paysages de sa région. Ses craintes se comprennent : un chantier de forage n’a rien de bucolique, et personne ne demande aux voisins de l’aimer. Mais pour un gouvernement, la question n’est pas de savoir si un projet dérange. C’est de savoir ce que coûte l’absence de projet.

Au Québec, l’exploration du gaz de schiste a soulevé une vive contestation, puis des audiences publiques et une évaluation environnementale stratégique. L’Assemblée nationale a voté une motion contre son exploitation. La porte s’est fermée. Quelqu’un, à Québec, a-t-il déjà chiffré ce que ce choix coûte aux régions en redevances, en emplois et en investissements?

Le moralisme a un prix

L’historien de l’énergie Brian Black, de Penn State, le résume sans détour : « Nous avons une culture extractive en Pennsylvanie. » Il prévoit que les entreprises poursuivront leurs activités jusqu’à la toute fin de l’ère des combustibles fossiles. Chez nous, l’expression « culture extractive » sonnerait comme une insulte. Là-bas, c’est un constat qui n’empêche personne de dormir, et qui attire des investissements de plus de 10 milliards.

Le Québec aussi a besoin d’électricité, d’emplois en région et de revenus pour payer ses services. On peut continuer à se trouver vertueux en laissant la richesse dans le sol. Mais qu’on ne vienne pas ensuite pleurer sur le manque d’argent pour les hôpitaux.

Les donneurs de leçons peuvent bien voter des motions. En Pennsylvanie, on coule du béton. Un jour, il faudra expliquer aux régions du Québec pourquoi leur sous-sol vaut moins que celui de nos voisins.

Les textes d’opinion n’engagent que leurs auteurs.

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