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Politique

Élections : près de 2000 détenus inscrits sur la liste électorale du Québec

Le nombre de personnes incarcérées inscrites pour voter dépasse de quelques centaines celui de 2018 et de 2022. Le ministre sortant de la Sécurité intérieure dit comprendre les questions des victimes.

2 min de lecture
Affiche d’Élections Québec indiquant un bureau de vote. Photo : Asclepias / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

Élections Québec dénombre 1972 personnes incarcérées inscrites sur la liste électorale en vue du scrutin général, soit quelques centaines de plus qu’aux élections de 2018 et de 2022, a rapporté Radio-Canada. Le chiffre est modeste à l’échelle de l’électorat québécois, mais il ravive une question délicate : ceux que la société a privés de liberté doivent-ils conserver intact le droit de choisir ceux qui la gouvernent?

La mécanique, elle, est éprouvée. Avant chaque scrutin, Élections Québec expédie à la direction de chaque établissement de détention une trousse comprenant affiches, manuels de l’électeur et demandes d’inscription; seuls les détenus qui en font eux-mêmes la demande sont inscrits. « C’est une grosse machine qui se déploie, puis qui s’assure que les personnes incarcérées puissent exercer leur droit de vote », résume Jean-Philippe Aubertin, porte-parole du ministère de la Sécurité intérieure, cité par Radio-Canada.

Contrairement aux élections fédérales, où les bulletins sont déposés dans des boîtes de scrutin installées à l’intérieur des établissements, le vote québécois en détention se fait par correspondance, c’est-à-dire par la poste : le bulletin est scellé dans une première enveloppe, elle-même glissée dans une seconde qui porte le nom de l’électeur et une adresse. Le vote est ensuite comptabilisé dans la circonscription de sa résidence, de son futur domicile ou de l’établissement.

Une participation en trompe-l’œil

Le taux de participation en milieu carcéral atteignait 75 % en 2022 et 82 % en 2018, bien au-delà des 66 % enregistrés dans l’ensemble du Québec ces deux années-là. L’écart s’explique sans mystère : ne figurent sur la liste que les détenus qui souhaitent voter. Or, plus de 5000 personnes sont incarcérées en moyenne, chaque jour, dans les établissements de juridiction québécoise. Rapporté à cette population, le portrait perd beaucoup de son éclat.

La réponse du ministre

Le vice-premier ministre et ministre sortant de la Sécurité intérieure, Ian Lafrenière, estime qu’il y a là matière à réflexion. « Je comprends les victimes qui regardent cela en disant : “Je ne peux pas croire que ce droit-là est donné.” Je peux comprendre qu’une victime se pose des questions, mais je veux la rassurer en lui disant que, depuis mon arrivée, il y a un durcissement des conditions de détention de beaucoup », a-t-il expliqué à Radio-Canada.

Le ministre cite deux mesures : les établissements québécois peuvent désormais confiner les détenus dans leur cellule dès 21 h, au moins une heure et demie plus tôt qu’auparavant, et un projet-pilote d’uniforme obligatoire est en cours à l’établissement de Roberval.

Les détenus inscrits voteront donc, enveloppe scellée, pour élire ceux qui fixeront ensuite leurs conditions de détention. Le paradoxe n’échappera à personne; la démocratie, elle, s’en accommode depuis longtemps.

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