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Société

Éducation : liberté de choix des parents ou réseau unique? Ce que promettent les partis

À quelques jours du vote, deux visions s’affrontent : préserver le choix des familles entre public, programmes particuliers et privé, ou fusionner les réseaux. Quatre enseignants passent les promesses au crible.

Par Équipe société de L’Authentique Presse 3 min de lecture
L’école à trois vitesses a été au cœur des débats sur l’éducation. Photo : cottonbro studio / Pexels

L’éducation touche toutes les familles, mais elle a été peu visible dans la campagne électorale, déplorent des enseignants interrogés par Radio-Canada. « J’ai l’impression qu’on réchauffe toujours la même poutine, qu’on promet les mêmes ressources, les mêmes changements, mais que rien ne change », lance Jonathan Saint-Pierre, enseignant au secondaire en Abitibi, connu sur les réseaux sociaux sous le nom de Jonathan le Prof.

Voici, enjeu par enjeu, ce que proposent les partis et ce qu’en pensent ces enseignants.

Ce qui est en jeu

Trois dossiers dominent : la tenue d’états généraux, c’est-à-dire une grande consultation nationale sur l’avenir de l’école; l’« école à trois vitesses »; et la pénurie de personnel scolaire.

Des états généraux, ou pas

Le Parti québécois (PQ), le Parti libéral du Québec (PLQ) et Québec solidaire (QS) promettent ce grand rendez-vous. La Coalition avenir Québec (CAQ) et le Parti conservateur du Québec (PCQ) s’y opposent.

Jonathan Saint-Pierre y voit « la seule bouée de secours », à condition que l’exercice soit ambitieux. Son rêve : un « rapport Parent 2.0 », pour repenser le système d’éducation de fond en comble. « On n’est pas censé enseigner en 2026 comme en 1990 », dit-il. Tania Longpré, qui a enseigné 18 ans la francisation, appuie l’idée, mais prévient : « il ne faut pas rien faire en attendant ». Roxanne Tremblay, enseignante au primaire en banlieue de Québec, est plus sceptique : les besoins sont connus, et une consultation risque, selon elle, de retarder les solutions.

L’école à trois vitesses

C’est le dossier qui a le plus retenu l’attention. L’expression désigne la cohabitation de l’école publique régulière, des programmes publics à projet pédagogique particulier (PPP), comme les concentrations sportives ou artistiques, et de l’école privée.

  • La CAQ, dont la première ministre sortante, Christine Fréchette, a refusé de reconnaître l’existence de cette école à trois vitesses en début de campagne, préfère parler d’un régime mixte qui respecte le droit des parents de choisir ce qui convient à leurs enfants.
  • Le PLQ et la CAQ proposent d’ajouter des PPP pour que plus d’élèves y aient accès.
  • Le PQ propose de demander aux écoles privées d’accepter une plus grande proportion d’élèves en difficulté.
  • QS est le seul parti à vouloir mettre fin au régime actuel en créant un réseau scolaire commun : les écoles privées auraient le choix entre ne plus être financées ou l’être à 100 %, à condition de cesser de sélectionner leurs élèves et de ne plus exiger de frais de scolarité.
  • Le PCQ veut au contraire stimuler la concurrence, comme l’a affirmé son chef, Éric Duhaime, au débat des chefs. Il propose de ne plus obliger les élèves à fréquenter l’école de leur secteur et de permettre l’émergence de nouvelles écoles privées subventionnées.

Les arguments des uns et des autres

Pour la CAQ, le système actuel est un régime mixte qui respecte le droit des parents de choisir ce qui convient le mieux à leurs enfants. Le PCQ va plus loin : en permettant aux élèves de fréquenter l’école de leur choix plutôt que celle de leur secteur, et en ouvrant la porte à de nouvelles écoles privées subventionnées, il veut stimuler la concurrence entre établissements. Dans les deux cas, l’idée est la même : donner aux familles, plutôt qu’à l’administration scolaire, le dernier mot sur l’école de leurs enfants. Les quatre enseignants interrogés par Radio-Canada s’opposent toutefois à la vision du PCQ. « Vouloir être compétitif dans un système d’éducation, ce n’est pas normal, c’est un non-sens si on veut un système égalitaire », estime Jonathan Saint-Pierre.

Pour Sylvain Duclos, enseignant au secondaire dans la région de Québec, ajouter des PPP revient à ajouter « des bonbons » sans régler le problème de fond : la surconcentration d’élèves en difficulté dans les classes régulières. Il juge la proposition du PQ « la plus réaliste et prometteuse, pour le moment ».

Les chiffres clés

  • Ressources spécialisées promises par QS : 2000
  • Ressources spécialisées promises par le PLQ : 1000
  • PQ et CAQ : plus de services aux élèves en difficulté, sans nombre précis

Ces embauches visent à réduire le décrochage scolaire et à soutenir les enseignants dans un contexte de pénurie généralisée de personnel. Reste une question, soulevée par les enseignants eux-mêmes : où trouver ce personnel?

Et maintenant?

Le choix appartient maintenant aux électeurs. Entre une réforme en profondeur, des ajustements au système actuel et une ouverture à la concurrence, le Québec devra trancher une question de fond : l’école doit-elle d’abord garantir l’égalité des chances, ou la liberté de choisir?

Équipe société de L’Authentique Presse L’équipe société couvre l’école, le logement, les familles et les débats qui animent le Québec, en donnant la parole à toutes les positions.
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