École : liberté de choix, états généraux ou réseau commun, trois visions s’affrontent
Garder le régime mixte, mettre les écoles en concurrence ou forcer le privé à choisir : l’éducation divise les partis. Et les enseignants interrogés par Radio-Canada craignent qu’elle soit reléguée au second plan.

L’école a été peu présente dans cette campagne, et des enseignants le déplorent. « C’est un dossier qui touche tout le monde, puis je trouve que c’est toujours un peu relégué aux oubliettes », regrette Tania Longpré, qui a enseigné 18 ans la francisation, dans un article de Radio-Canada où quatre enseignants analysent les promesses des partis.
Le cœur du débat porte sur l’école à trois vitesses, c’est-à-dire la cohabitation de la classe ordinaire, des programmes publics particuliers et de l’école privée subventionnée. Trois visions s’affrontent.
Le régime actuel, amélioré
Christine Fréchette a refusé, en début de campagne, de reconnaître l’existence de l’école à trois vitesses. La CAQ préfère parler d’un régime mixte qui respecte le droit des parents de choisir ce qui convient le mieux à leurs enfants. Avec le Parti libéral, elle propose d’ajouter des places dans les programmes particuliers.
L’enseignant Sylvain Duclos n’y croit pas. « On ajoute des bonbons, mais ça ne change pas le problème de fond : la surconcentration d’élèves en difficulté dans les classes régulières », estime-t-il.
La concurrence et le libre choix
Le Parti conservateur veut donner plus de pouvoirs aux écoles, qu’il financerait directement, sur les programmes, le personnel et le transport scolaire. Il réduirait le nombre de centres de services scolaires. Le lieu de résidence ne serait plus le critère principal pour choisir une école, et de nouvelles écoles privées subventionnées pourraient voir le jour.
« Si le système d’éducation a réussi à mieux performer, c’est en grande partie grâce à la concurrence entre le public et le privé », soutient Éric Duhaime, qui défend la « liberté de choix des parents ». Les quatre enseignants interrogés par Radio-Canada s’y opposent. « Vouloir être compétitif dans un système d’éducation, ce n’est pas normal », juge Jonathan St-Pierre, enseignant au secondaire en Abitibi.
Le réseau commun
Québec solidaire est le seul parti à vouloir mettre fin au régime actuel. Les écoles privées devraient choisir : ne plus recevoir d’argent public, ou être financées à 100 %, à condition de ne plus sélectionner leurs élèves ni exiger de droits de scolarité. Entre les deux, le Parti québécois demanderait aux écoles privées d’accepter une plus grande proportion d’élèves en difficulté.
Qui est touché?
Les élèves en difficulté et leurs enseignants d’abord. QS promet 2000 ressources spécialisées de plus, et le PLQ, 1000. Le PQ et la CAQ promettent plus de services sans chiffrer d’embauches. « C’est bien beau, ces promesses-là, mais où on va le trouver, ce personnel-là? », demande Roxanne Tremblay, enseignante au primaire.
Les futurs enseignants ensuite. Le PQ, le PLQ et QS promettent de rémunérer les stages en enseignement, une mesure que la CAQ avait appuyée avant de reculer. Les parents, enfin : la CAQ bonifierait le Supplément pour la rentrée scolaire jusqu’à 250 $ par enfant, et QS rendrait les fournitures scolaires gratuites.
Le calendrier
Le PQ, le PLQ et QS promettent aussi des états généraux, une vaste consultation sur l’avenir de l’école, auxquels s’opposent la CAQ et le PCQ. Roxanne Tremblay reste sceptique : « J’ai l’impression que ça va juste retarder l’application de solutions. » Lundi, les parents trancheront entre ces trois visions.


