Duplessis, la circonscription de la Côte-Nord qui déborde sur le Labrador depuis un litige de 1927
La deuxième plus grande circonscription du Québec englobe une bande du sud du Labrador que Québec n’a jamais reconnue comme terre-neuvienne. Aucun électeur n’y est inscrit, précise Élections Québec.

Sur la Côte-Nord, on le sait depuis longtemps : la carte ne dit pas tout. Au nord de Sept-Îles et de Port-Cartier, la circonscription de Duplessis englobe une bande de territoire du sud du Labrador qui fait pourtant officiellement partie de Terre-Neuve-et-Labrador, a rapporté Radio-Canada.
Duplessis, c’est un territoire immense : 249 090,96 kilomètres carrés. Seule Ungava est plus grande au Québec. Un peu plus de 48 000 personnes y vivent, la plupart à Sept-Îles et à Port-Cartier. Élections Québec y compte 37 073 électeurs inscrits cette année.
Un trait pointillé qui en dit long
Sur la carte officielle du gouvernement du Québec, la frontière avec le Labrador est tracée en pointillé, avec une mention : « Tracé de 1927 du Conseil privé (non définitif) ».
Cette portion du territoire fait l’objet d’une dispute depuis bientôt un siècle, rappelle Gabriel Sauvé-Lesiège, porte-parole d’Élections Québec. En 1927, le Conseil privé, à Londres, a fixé la frontière entre le Québec et Terre-Neuve. Les gouvernements du Québec ne l’ont jamais formellement reconnue.
L’origine du litige remonte à la fin du 19e siècle. Terre-Neuve, qui ne faisait pas encore partie du Canada, avait délivré des permis de coupe forestière dans la zone, en pleine expansion de l’industrie des pâtes et papiers. Quand Terre-Neuve est entrée dans la fédération en 1949, la frontière a été enchâssée dans la Constitution canadienne.
Une affaire de rivières et d’énergie
Pour Kathryn Furlong, professeure de géographie à l’Université de Montréal originaire du Labrador, le pointillé n’a rien d’innocent. C’est un message constant et subtil : de l’avis de Québec, cette bande lui appartient.
Québec juge que la décision de 1927 était ultra petita, une expression latine qui désigne une décision qui accorde plus que ce qui avait été demandé. Le Parti québécois reprend l’argument dans le Livre bleu sur l’indépendance dévoilé en juin. Il y reconnaît cependant qu’il n’existe aucun recours légal pour contester la décision de Londres, et propose qu’un Québec souverain réclame réparation lors de la négociation avec le Canada.
L’enjeu n’est pas que symbolique. Selon Mme Furlong, cinq réseaux de rivières qui coulent vers le golfe du Saint-Laurent traversent la zone. Il y a donc un clair potentiel hydroélectrique, et refuser de reconnaître la frontière serait pour Québec un outil d’influence politique et économique. Pour une région qui vit de ses ressources, ce genre de détail compte.
Saint-Jean ne bouge pas
De l’autre côté de la frontière, on ne rouvre pas le dossier. Dans une déclaration écrite, le bureau du premier ministre Tony Wakeham affirme que la question n’est pas sujette à débat. « Les frontières de Terre-Neuve-et-Labrador sont claires et reconnues », insiste le premier ministre.
Et le jour du vote?
Un résident du côté labradorien pourrait-il voter lundi dans Duplessis? « C’est un scénario hypothétique », répond Élections Québec. Aucune personne vivant dans cette partie du territoire n’est inscrite sur la liste électorale permanente du Québec. Si le cas se présentait, il faudrait une analyse minutieuse, précise le porte-parole.
Lundi, les électeurs de Sept-Îles et de Port-Cartier choisiront donc leur député sans voisins labradoriens dans l’isoloir. La vieille querelle, elle, restera sur la carte.


