Donner 150 000 $ à ses enfants de son vivant : ce que ça coûte à une retraite anticipée
Une simulation présentée par La Presse montre qu’un don de 150 000 $ peut faire manquer d’argent un couple six ans plus tôt à la retraite, à moins de vendre l’immeuble locatif au bon moment.

Donner 150 000 $ à ses enfants de leur vivant plutôt que de leur laisser un héritage : l’idée est généreuse, mais elle peut faire manquer d’argent à la retraite six ans plus tôt. C’est ce que montre une simulation présentée dans la rubrique Train de vie de La Presse.
La situation
Sylvain (prénom fictif), 54 ans, a deux enfants de 14 et 12 ans d’une première union. Il est marié en séparation de biens depuis 2020 avec Marjolaine (prénom fictif), 43 ans. Il voudrait verser 75 000 $ à chacun de ses enfants, quand ils seront dans la vingtaine, pour des études, une mise de fonds ou un autre projet.
Il veut aussi prendre sa retraite à 60 ans, voire avant, avec un coût de vie de 108 000 $ net par année. Ce budget comprend environ 24 000 $ pour vivre à l’étranger de quatre à six mois par année. Marjolaine continuerait de travailler une partie de l’année, avec un salaire ramené à 26 000 $.
Leur patrimoine : un REER, c’est-à-dire un régime enregistré d’épargne-retraite, de 984 000 $ au nom de Sylvain, un CELI de 166 000 $ et un triplex d’une valeur de 1 million, grevé d’un prêt hypothécaire de 445 000 $. Sylvain gagne 134 266 $ par année; Marjolaine, 52 000 $.
Les scénarios
Antoine Chaume Legault, conseiller en gestion de patrimoine chez CI Assante CMM, a analysé le dossier.
- Sans don et sans vente du triplex, avec une retraite à 60 ans : les liquidités s’épuisent aux 85 ans de Sylvain, même si le couple possède encore l’immeuble.
- Avec le don, sans vendre le triplex : l’impact est majeur. « Au lieu de manquer d’argent aux 85 ans de Sylvain, il en manque à 79 ans », résume le planificateur.
- Vente du triplex aux 65 ans de Sylvain, sans don : le plan fonctionne, avec 20 500 $ par année de plus que prévu et un appartement d’environ 1700 $ par mois.
- Vente aux 62 ans de Sylvain : 18 000 $ de plus par année.
Dans ces deux derniers cas, il ne reste rien au décès du second conjoint si tout est dépensé. Si ces sommes supplémentaires sont plutôt réinvesties chaque année, il resterait plus de 2 millions de dollars nets d’impôt.
Les pièges
Le premier, c’est la brique. Selon le planificateur, détenir plus de 30 % de ses actifs dans un immeuble peut créer des problèmes de liquidités à la retraite, puisque l’argent y est immobilisé. « Pour soutenir ton indépendance financière, tu seras obligé de vendre ton immeuble ou d’utiliser une marge de crédit hypothécaire ou une hypothèque inversée », prévient-il.
Le deuxième, c’est d’oublier l’épargne déjà en place. Sylvain et la mère des enfants ont accumulé 85 000 $ et 54 000 $ dans des REEE, des régimes enregistrés d’épargne-études, qui ont encore des années pour fructifier. « Avec les REEE, il serait en mesure de donner environ 200 000 $ », estime M. Chaume Legault.
Le troisième, c’est le testament. Avec des enfants d’une première union et une grande différence d’âge entre les conjoints, un testament mal ajusté pourrait laisser l’un des deux en difficulté. Le planificateur évoque l’assurance vie comme outil pour que chacun reçoive les sommes prévues.
Enfin, quand les revenus sont très inégaux, le conjoint qui gagne le plus peut cotiser à un REER de conjoint, c’est-à-dire un REER au nom de l’autre, tout en profitant lui-même de la déduction. Les retraits seront ensuite mieux répartis entre les deux et imposés plus légèrement.
En bref
- Les REEE déjà accumulés peuvent couvrir une bonne part de l’aide aux études.
- Un immeuble qui pèse plus de 30 % des actifs peut bloquer les liquidités à la retraite.
- Un don de son vivant doit aller de pair avec un testament à jour.
En cas de retraite hâtive, le planificateur recommande de revoir sa situation avec un professionnel une fois par année ou tous les deux ans. Les règles du REER de conjoint sont détaillées sur le site de l’Agence du revenu du Canada.

