Dix ans dans des locaux temporaires : des parents d’une école francophone d’Ottawa poursuivent pour accélérer les travaux
Les élèves de l’école Au cœur d’Ottawa attendent depuis 2017 un bâtiment permanent, sans gymnase ni bibliothèque. Les parents invoquent l’article 23 de la Charte, qui garantit l’instruction dans la langue de la minorité.

Pour les 221 élèves de l’école élémentaire catholique Au cœur d’Ottawa, la rentrée 2027 ne se fera toujours pas dans un bâtiment permanent. Excédés par les retards, des parents ont déposé une requête en justice pour forcer l’adoption d’un échéancier, a rapporté Radio-Canada.
Depuis 2017, l’école francophone occupe des locaux temporaires au 88, rue Main, dans le quartier Vieil-Ottawa-Est, loués au conseil scolaire catholique anglophone. L’immeuble a été bâti en 1933.
« On va souligner nos 10 ans dans une situation temporaire. Juste de le dire, c'est inacceptable », déplore Marc-André Boivin, l’un des requérants, dont l’enfant est en 3e année.
Un chantier qui ne finit plus
Le ministère de l’Éducation de l’Ontario et le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE) avaient annoncé en 2020 l’achat d’un édifice patrimonial, le bâtiment Deschâtelets, avec une ouverture prévue à l’automne 2021. L’échéancier a été repoussé à maintes reprises. L’ouverture était attendue pour janvier 2027, mais le CECCE confirme qu’elle n’aura pas lieu à ce moment-là, notamment en raison de retards de construction.
Les parents dénoncent le manque d’espace, l’absence de gymnase et de bibliothèque, la ventilation et le nombre insuffisant de toilettes. Les élèves doivent prendre l’autobus scolaire pour aller au gymnase d’un autre établissement. Certains doivent traverser une rue très passante pour se rendre à d’autres locaux. La population de l’école a augmenté de 143 % en près de dix ans.
Le droit à une éducation égale en français
La requête invoque l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés, qui garantit le droit à l’instruction dans la langue de la minorité. « On est dans une situation où vous avez des élèves francophones qui n'ont pas de services d'éducation comparables à ceux de leurs camarades anglophones ou à ceux d'autres écoles, vraiment », affirme M. Boivin, qui précise que les élèves réussissent bien.
L’avocat des parents, David Taylor, de la firme Conway Litigation, va plus loin. Sans installations équivalentes, il y a selon lui un risque que la prochaine génération s’inscrive en anglais, ce qui menace l’avenir du français dans la communauté. Ses clients veulent que l’école ouvre dans sa forme complète au bâtiment Deschâtelets d’ici 24 mois.
Ce que répondent les autorités
Le CECCE ne commente pas la requête, puisqu’elle est devant les tribunaux. Il précise que le futur gymnase et les espaces communautaires forment un projet distinct des rénovations en cours, que les plans devraient être finalisés sous peu et que les travaux pourront commencer pendant l’année scolaire. Le conseil assure offrir des installations sportives de qualité en attendant et dit travailler avec l’entrepreneur à un nouvel échéancier.
La Ville d’Ottawa, par la voix de son avocat général Stuart Huxley, n’a pas commenté non plus, tout en affirmant respecter les droits à l’instruction dans la langue de la minorité.
Et maintenant?
Il reviendra à la Cour supérieure de dire si le gouvernement ontarien a respecté ses obligations. Les familles, elles, attendent toujours une date. « On demande une reddition de compte, qu'il y ait des échéanciers, un plan », résume M. Boivin.


