lundi 5 octobre 2026Édition du Québec
L’information sans complaisance.
En ce moment
Logement en Espagne : renouveler les baux de force et chasser les investisseurs ne bâtira aucun appartementPhénomena, 15e édition : Gaétan Paré prend la relève de D. Kimm avec 19 jours de cabarets et de découvertesVerstappen en tête à Sepang, Stroll 14e : les pneus piègent Mercedes au Grand Prix de Bahreïn délocaliséFracturé au Mondial, Ismaël Koné court de nouveau et vise un retour complet en décembre
Politique

Discours aux Communes : un député du Bloc a largement eu recours à l’IA, malgré l’interdit du parti

Selon une analyse de La Presse, les neuf longs discours prononcés en 2026 par Maxime Blanchette-Joncas contiennent des passages générés par l’intelligence artificielle. Le Bloc québécois est pourtant le parti le plus strict sur cette question.

3 min de lecture
Maxime Blanchette-Joncas, député bloquiste à la Chambre des communes. Photo d’archives. Photo : Sophie Barma / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Le Bloc québécois interdit-il à ses députés d’écrire leurs discours avec l’intelligence artificielle (IA)? Oui, et c’est même le parti le plus sévère de la Chambre des communes à ce sujet. Pourtant, l’un de ses députés, Maxime Blanchette-Joncas, y a eu largement recours, selon une analyse publiée par La Presse.

Que révèle l’analyse?

La Presse a examiné, à l’aide de l’outil de détection Pangram, les neuf discours de plus de 700 mots prononcés par le député aux Communes en 2026. Tous contiennent des passages générés par l’IA, selon le quotidien.

Trois allocutions auraient été produites entièrement par l’IA et deux autres, à plus de 95 %. Trois autres sont dites « mixtes », avec une proportion de 72 à 79 % de texte généré. Un seul discours serait surtout l’œuvre d’un humain, avec 18 % d’IA détectée.

Exemple cité : un discours de plus de 1000 mots sur le multiculturalisme, prononcé le 2 février 2026 et consigné au Hansard, le compte rendu officiel des débats. On peut y lire : « Le multiculturalisme n’est donc pas une simple politique administrative. C’est une doctrine d’État qui définit l’identité nationale canadienne et qui refuse de reconnaître pleinement un État multinational ». Ce passage aurait été produit par l’IA, selon l’analyse du quotidien.

À l’inverse, les courtes interventions du député, que les instances du Bloc peuvent vérifier à l’avance, étaient entièrement de la main d’un humain.

Qui est le député?

Maxime Blanchette-Joncas représente la circonscription de Rimouski-Neigette–Mitis–Matapédia–Les Basques. Il est le porte-parole du Bloc en matière d’innovation, de science et de comptes publics, et il est vice-président de deux comités parlementaires.

Que dit le Bloc?

Le parti avait récemment détaillé ses règles à La Presse. « L’intelligence artificielle ne doit pas servir à la rédaction de nos interventions en Chambre », écrivait son porte-parole, Julien Coulombe-Bonnafous.

Le député n’a pas été rendu disponible pour une entrevue, et le Bloc n’a pas commenté. Dans une courte déclaration écrite transmise par le parti, Maxime Blanchette-Joncas reconnaît néanmoins avoir utilisé l’IA.

Plus tôt cette semaine, le chef Yves-François Blanchet avait lui-même condamné la pratique. « Le raccourci de l’IA est une déplorable pratique. Nous devenons les perroquets d’une synthèse de ce que tout le monde pense ou veut qu’on pense », écrivait-il en ligne. Il n’a pas commenté le cas de son député.

Un phénomène plus large?

Le recours à l’IA prend de l’ampleur au Parlement depuis un an. Selon une analyse récente du magazine The Economist, citée par La Presse, 20 % des mots prononcés lors des débats aux Communes ont été rédigés à l’aide de cet outil.

Le Bloc s’en était lui-même offusqué. En juin, le whip en chef du gouvernement, Mark Gerretsen, avait cité en pleine séance le résultat d’une recherche faite par IA pour narguer les conservateurs. Le whip est le député chargé d’assurer la discipline de son parti.

Le bloquiste Xavier Barsalou-Duval avait alors protesté : « Il me semble qu’on élit des députés pour qu’ils soient en mesure de réfléchir par eux-mêmes aux débats proposés à la Chambre ».

Et maintenant?

Selon La Presse, plusieurs sources bloquistes se sont dites indignées en apprenant la situation de leur collègue. Le parti n’a pas indiqué s’il compte resserrer le contrôle des longs discours.

À retenir : le parti qui a les règles les plus strictes sur l’IA aux Communes voit l’un de ses propres députés les enfreindre, selon une analyse que l’intéressé ne conteste pas.

Infolettre gratuite

Le Briefing

L’essentiel de l’actualité québécoise, sans complaisance. Chaque matin à 6 h, lu en 5 minutes.

Désabonnement en un clic. Aucun partage de votre adresse.

À lire aussi